Avant de commencer : quel jeu, quelles cartes
Un Tarot de Marseille complet compte 78 cartes. Les 22 arcanes majeurs réunissent 21 lames numérotées en chiffres romains et Le Mat, qui n’a pas de numéro. Les 56 arcanes mineurs se répartissent en quatre couleurs, Deniers, Coupes, Épées et Bâtons, de quatorze cartes chacune : les numérales vont de l’As au 10, les figures sont le Valet, le Cavalier, la Reine et le Roi.
Trois détails permettent de vérifier que votre jeu est bien un Marseille :
- les numéros s’écrivent par addition : IIII plutôt que IV, VIIII plutôt que IX, de même XIIII et XVIIII ;
- La Justice porte le numéro VIII et La Force le numéro XI ;
- les cartes numérales sont sans scène, hors les As d’Épées et de Bâtons : elles montrent les enseignes disposées en géométrie, entre des motifs végétaux.
Si vos mineurs racontent de petites scènes et que La Force porte le VIII, vous tenez un Rider-Waite-Smith, publié à Londres en 1909, ou un jeu qui en dérive : les lectures de ce site ne s’y appliquent pas telles quelles. Le jeu vendu pour jouer au tarot en France est encore un autre modèle, le « Tarot nouveau », que les joueurs ont préféré au Marseille vers 1900.
Parmi les Marseille, le choix reste large. On trouve des reproductions de jeux anciens, comme le tarot de Jean Noblet (Paris, vers 1650-1659), celui de Jean Dodal (Lyon, entre 1701 et 1715) ou le modèle Conver daté de 1760 ; l’« Ancien Tarot de Marseille » que Paul Marteau édite chez Grimaud en 1930, et qui a dominé la pratique française pendant une grande partie du XXe siècle ; ou le tarot Camoin-Jodorowsky de 1997, une recréation selon son coauteur Philippe Camoin, et non une restauration. Les lectures de ce site valent pour chacun d’eux. Seuls des détails du dessin changent : La Justice est ailée sur le Dodal, sans ailes sur le Conver.
Pour le reste, il suffit d’une table dégagée, d’un tissu si vous voulez que les cartes glissent sans s’abîmer, et d’un carnet. Bougies et autres rituels relèvent du goût de chacun ; aucun n’est nécessaire à la lecture.
Les étapes du tirage
Voici une manière de faire parmi d’autres, celle que suivent les guides de ce site. L’ordre compte plus que le détail de chaque geste : la question vient avant les cartes, la note avant les livres.
- Formuler. Écrivez la question avant de toucher les cartes, une seule par tirage. Elle sera ouverte pour un tirage en trois cartes ou en croix (« Que se joue-t-il dans… ? »), fermée pour un oui ou non (« Est-il utile de… ? »). Choisissez à ce moment-là le tirage et le sens de chaque position.
- Mélanger. Brassez le jeu jusqu’à ne plus pouvoir suivre l’ordre des cartes. Trois façons de faire sont décrites plus bas.
- Couper. Séparez le paquet en deux et posez la partie du bas sur celle du haut. On rencontre d’autres usages, couper de la main gauche, couper en trois tas : choisissez-en un et gardez-le.
- Tirer. Prenez les cartes sur le dessus du paquet, ou étalez-le face cachée en éventail et choisissez-les de la main. Il en faut une ou trois pour le tirage oui ou non, trois pour le tirage en trois cartes, quatre pour le tirage en croix, dont la cinquième carte se calcule.
- Disposer. Posez chaque carte à sa place, dans l’ordre où vous l’avez tirée. Retournez-la par le côté, comme on tourne une page : la retourner de haut en bas la met à l’envers sans que vous l’ayez voulu.
- Lire. Regardez d’abord l’image, puis la place de la carte, puis ses voisines. Le sens d’une lame tient à ces trois choses à la fois, pas à un mot-clé isolé.
- Noter. Inscrivez la date, la question, les cartes et votre première impression avant d’ouvrir le moindre livre.
Pour la lecture elle-même, le guide histoire, structure et signification des 78 cartes présente chaque lame et la façon de la relier à sa position.
Mélanger les cartes : trois façons de faire
Le but est simple : que l’ordre des cartes ne dépende plus de vous. Un jeu neuf sort souvent rangé, si bien que le premier mélange doit être long. Ensuite, chacun trouve sa main.
En main, par glissement
Tenez le paquet dans une main et faites glisser de petits groupes de cartes dans l’autre, en changeant leur place à chaque passe. C’est la méthode la plus discrète. Elle garde toutes les cartes dans le même sens et use peu le jeu, mais elle mélange lentement : comptez une bonne dizaine de passes.
Étalées sur la table
Étalez les cartes face cachée, brassez-les à plat des deux mains en larges cercles, puis regroupez-les. Le mélange est franc et convient bien aux grandes cartes de tarot. Il a une conséquence : une partie du jeu se retrouve tête en bas. Si vous lisez les cartes renversées, ce mélange les produit de lui-même ; sinon, redressez-les avant de couper. Beaucoup de lecteurs du Marseille ne renversent pas les cartes. Lire une lame à l’envers est un usage plus récent que le jeu : c’est Etteilla qui, en 1788 ou 1789, fait graver le premier tarot dont chaque lame porte deux sens, l’un droit, l’autre tête en bas.
Par tas
Distribuez les cartes une à une en trois ou quatre tas, rassemblez les tas dans un autre ordre, et recommencez deux ou trois fois. La méthode abîme peu les cartes et convient aux jeux neufs, encore raides, mais elle brasse moins qu’il n’y paraît : faites-la suivre d’un mélange en main. Évitez en revanche le mélange « à l’américaine », où l’on fait s’entrecroiser deux moitiés du paquet en les pliant : les cartes de tarot, plus longues que celles d’un jeu ordinaire, s’y marquent vite.
Majeurs seuls ou jeu complet
Les 22 arcanes majeurs montrent chacun une figure, et presque tous un titre et un numéro (Le Mat n’a pas de numéro, l’arcane XIII pas de titre sur la plupart des éditions) : on peut les lire dès le premier tirage. C’est le jeu le plus simple pour apprendre, et celui sur lequel repose la lecture oui ou non de ce site, fixée pour ces 22 lames.
Le jeu complet ajoute les 56 arcanes mineurs, que l’on lit souvent comme le domaine et le stade d’une situation. Ils demandent plus de travail. Les cartes numérales du Marseille sont sans scène, hors les As d’Épées et de Bâtons : elles se lisent par le nombre, la couleur et les détails du dessin, selon une méthode moderne que Paul Marteau applique en 1949 et qu’Alejandro Jodorowsky et Marianne Costa reprennent autrement en 2004. Chaque couleur est présentée dans la rubrique des arcanes mineurs.
Les majeurs ne disparaissent pas pour autant du jeu complet. Ils représentent 22 cartes sur 78, un peu plus d’une sur quatre, et sur un tirage de trois cartes, au moins un arcane majeur sort près de deux fois sur trois. Pour débuter, une progression simple consiste à tirer avec les majeurs seuls pendant quelques semaines, puis à ajouter une couleur à la fois. Dans tous les cas, décidez du jeu avant de mélanger, et n’en changez pas en cours de question.
Tirer pour quelqu’un d’autre
Tirer pour un proche se fait avec son accord, et sur une question qu’il formule lui-même. Beaucoup de lecteurs lui laissent couper le paquet : c’est sa question, c’est donc son geste. Tirer en secret sur une personne absente, sur ses sentiments ou ses décisions, revient à lui prêter des pensées sans lui demander son avis. Au mieux, le tarot éclaire votre rapport à une situation, pas ce qu’une autre personne pense ou décide.
Dites aussi, avant de commencer, ce que propose un tirage : une interprétation, un support pour réfléchir à deux. Les questions de santé, de procès ou d’argent ne se posent pas aux cartes. Elles relèvent d’un médecin, d’un avocat ou d’un conseiller qualifié.
Si la personne traverse un deuil, une détresse ou une relation d’emprise, le tirage ne remplace pas une écoute. Proposez-lui d’en parler à quelqu’un de confiance ou à un professionnel. Si des idées suicidaires sont évoquées, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide ; pour les violences conjugales, c’est le 3919.
Tenir un carnet de tirages
Un carnet fait progresser parce qu’il montre vos habitudes de lecture. Pour chaque tirage, notez :
- la date et la question, mot pour mot ;
- le tirage choisi et le sens des positions ;
- les cartes dans l’ordre, avec leur sens si vous lisez les renversées ;
- votre première impression, en une phrase ;
- la lecture que vous retenez après réflexion.
Relisez-le quelques semaines plus tard. Pas pour vérifier si « c’est arrivé » : le tarot propose une lecture, il ne prédit rien. Relisez-le pour voir comment vous lisez. Certaines cartes reçoivent toujours le même sens chez vous ; d’autres vous mettent mal à l’aise et vous les survolez. Certaines questions reviennent, aussi. Une question tirée trois fois dans la même semaine mérite qu’on s’y arrête : c’est peut-être elle, le sujet.
Le carnet montre enfin la limite d’une lecture solitaire : à force, on lit ses propres habitudes. Faire commenter un tirage par quelqu’un d’autre, un proche qui connaît le jeu ou un service de tirage commenté, apporte parfois une lecture que l’on n’aurait pas faite seul.
Sources
- Christie’s, notice d’un Grand Etteilla : les livres d’Etteilla et son tarot à sens droits et renversés
- Gwenael Beuchet, « Paul Marteau, auteur et éditeur de l’Ancien Tarot de Marseille (1930) », traduction en ligne (Traditional Tarot)
- Tarot de Marseille, modèle Conver daté de 1760, référence des descriptions (Wikimedia Commons)