Le tirage en 3 cartes en bref
C’est le tirage des questions ouvertes. Le tirage oui ou non cherche une réponse fermée, en une carte ou en trois lues comme un tout ; ici, les trois lames montrent un mouvement : d’où vient une situation, où elle en est, vers quoi elle penche. Le tirage en croix va plus loin, avec cinq positions dont une carte calculée. Celui-ci se lit d’un coup d’œil, ce qui en fait un bon exercice pour débuter.
- Écrivez votre question sous une forme ouverte : « Où en suis-je dans… ? », « Que se joue-t-il dans… ? ».
- Choisissez le sens des trois positions avant de mélanger : passé, présent, futur, ou l’un des deux autres schémas présentés plus bas.
- Mélangez, coupez, puis tirez trois cartes.
- Posez-les face visible, de gauche à droite : la première en position 1, la deuxième en 2, la troisième en 3.
- Lisez chaque carte à sa place, puis les trois ensemble.
- Notez la date, la question et les cartes sorties.
Les gestes eux-mêmes, mélanger, couper, retourner une carte sans la renverser, sont détaillés dans le guide comment tirer les cartes du Tarot de Marseille. Les 22 arcanes majeurs suffisent pour ce tirage. Le jeu complet de 78 cartes ajoute des nuances, au prix d’une lecture plus longue.
Passé, présent, futur : ce que veut dire « futur » au tarot
Le schéma le plus répandu range les trois cartes dans le temps. La carte 1, au passé, montre ce qui a mené à la situation : ce qui pèse encore, ou ce qui a servi. La carte 2 décrit le présent, la situation telle qu’elle se présente aujourd’hui ; c’est souvent celle que l’on reconnaît le plus vite. La carte 3 occupe la place du futur, et c’est elle qui demande le plus de prudence.
Le Tarot de Marseille n’a pas été dessiné pour lire le temps : sa fonction première, écrit la BnF, était « purement ludique ». Même le livre qu’Etteilla publie en 1770, que l’Encyclopædia Universalis tient pour le plus ancien traité de cartomancie d’Occident, se sert d’un jeu de piquet et non d’un tarot. Le sens des positions d’un tirage n’a donc rien d’une règle héritée des cartiers. C’est une convention de lecteurs, que chacun fixe avant de tirer.
Sur ce site, la troisième position se lit comme une tendance à examiner : une piste sur ce que les deux premières cartes mettent en mouvement, pas un événement à venir. Elle ne donne pas de date et ne dit pas ce qui arrivera. Qu’un élément du présent bouge, et la lecture de la troisième carte bouge avec lui. Une carte difficile au futur, La Maison Dieu ou Le Diable par exemple, n’annonce donc pas un événement. Elle invite à se demander ce qui, dans la situation actuelle, mérite d’être regardé de plus près, et renvoie à la carte du présent pour chercher ce qui peut changer.
Le passé, lui, n’est pas forcément lointain. Il couvre ce qui précède la situation dans les termes de votre question : quelques semaines pour une décision récente, des années pour une habitude ancienne.
Deux autres façons de nommer les positions
Passé, présent, futur convient quand la question porte sur l’évolution d’une situation. D’autres questions se lisent mieux avec d’autres positions, et deux schémas reviennent souvent chez les lecteurs.
Situation, Obstacle, Conseil
Ce schéma sert à démêler un problème précis. La première carte décrit la situation telle qu’elle est, la deuxième ce qui la bloque, la troisième une attitude à essayer. « Conseil » s’entend ici au sens d’une piste que la carte met en avant, jamais d’un avis médical, juridique ou financier. La Force à cette place, par exemple, invite à tenir avec douceur plutôt qu’à passer en force ; L’Hermite, à prendre du recul avant d’agir.
Ce que je veux, Ce qui me retient, Ce qui peut m’aider
Celui-ci se tourne vers vous plutôt que vers la situation. Il sert quand un désir ou une décision coince sans que vous sachiez pourquoi. Le Pendu en deuxième position peut montrer une attente que l’on s’impose ; Le Chariot en troisième, un élan déjà là, qu’il reste à diriger.
| Schéma | Carte 1 | Carte 2 | Carte 3 | Pour quelle question |
|---|---|---|---|---|
| Le temps | Passé | Présent | Futur, lu comme une tendance à examiner | L’évolution d’une situation |
| Le problème | Situation | Obstacle | Conseil | Un blocage à comprendre |
| Le désir | Ce que je veux | Ce qui me retient | Ce qui peut m’aider | Une envie ou une décision personnelle |
Deux règles valent pour tous les schémas. Le sens des positions se décide avant de tirer et ne change plus une fois les cartes retournées ; sinon, la tentation vient vite de placer chaque lame là où elle arrange. Ensuite, les positions portent sur vous, sur votre part d’un lien ou d’une situation. Un schéma du type « ce qu’il pense, ce qu’il ressent » demande aux cartes l’intérieur d’une autre personne, et le tarot n’en dit rien.
Lire les trois cartes ensemble
Lues une à une, trois cartes donnent trois listes de mots-clés. Le tirage prend son sens quand on regarde comment elles se répondent. Quelques repères aident à le faire.
Les regards et les gestes
Les figures du Tarot de Marseille ne regardent pas toutes droit devant elles : L’Empereur est vu de profil, quand L’Impératrice et La Justice font face. Une habitude de lecture répandue consiste à observer vers où chacune se tourne. Vers la carte voisine, elle crée un lien entre deux positions ; vers l’extérieur du tirage, elle peut se lire comme une attention portée ailleurs. Rien n’en fait une règle, et le détail dépend de l’édition : la lune de l’arcane XVIII est vue de face sur les jeux anciens du type I, de profil sur ceux du type II. Regardez votre propre jeu plutôt qu’une description toute faite.
Les nombres
Les arcanes majeurs portent des numéros de I à XXI ; Le Mat n’en a pas. Dans le jeu de cartes d’origine, ce numéro donnait la force de l’atout : Le Bateleur, I, était le plus faible, Le Monde, XXI, le plus fort. Beaucoup de lecteurs y voient une progression. Une suite qui monte, comme III, VII, XVII, se lit souvent comme une avancée ; une suite qui retombe vers les petits nombres, comme un recommencement. Avec le jeu complet, le nombre d’une carte numérale se lit comme un stade, de l’As, le germe, au 10, l’aboutissement, selon une méthode moderne que Paul Marteau applique aux cartes numérales en 1949.
Les couleurs et la part des majeurs
Si vous tirez dans le jeu complet, regardez les couleurs. Deux cartes de la même enseigne donnent souvent le ton de la question. Dans la convention la plus courante, les Coupes touchent aux sentiments et aux relations, les Épées à la pensée, à la parole et aux décisions, les Deniers au travail concret et à la matière, les Bâtons à l’élan et au désir d’agir. Comptez aussi les arcanes majeurs. Trois majeurs sur trois cartes ne sortent qu’environ une fois sur cinquante dans un jeu de 78 cartes : beaucoup de lecteurs y voient une question qui touche à quelque chose d’important pour vous, quand trois mineurs ramènent plutôt aux affaires du quotidien.
La carte qui détonne
Il arrive qu’une carte ne s’accorde pas aux deux autres : Le Soleil entre deux lames sombres, Le Diable au milieu d’un tirage paisible. C’est souvent là que le tirage a quelque chose à dire. Plutôt que de l’écarter ou de tirer une carte de plus, demandez-vous ce qu’elle change à l’histoire que racontent les deux autres.
Un exemple commenté
Prenons une question ouverte, posée avec les 22 arcanes majeurs et le schéma passé, présent, futur : « Que se joue-t-il dans mon projet de reprendre le piano, laissé de côté depuis des années ? » Les trois cartes tirées sont L’Hermite, Le Jugement et Le Bateleur.
L’Hermite au passé
Sur l’arcane VIIII, le vieil homme lève sa lanterne, tenue tout contre un pan de son manteau ; de l’autre main, il tient un bâton. La tradition y lit le recul et la recherche patiente ; son côté ombre est l’isolement. Au passé, la carte décrit assez bien une envie restée en veilleuse : une lumière gardée près de soi, sans être brandie. Elle invite à se demander ce qui a tenu ce projet à l’écart, et devant qui. La page de L’Hermite revient sur ce pan de manteau dressé contre la lanterne, propre au modèle de Marseille.
Le Jugement au présent
Sur l’arcane XX, l’ange qui sonne de la trompette depuis les nuées domine trois personnages nus : celui du milieu, vu de dos, sort de la tombe, entre un homme et une femme aux mains jointes. On lit souvent la carte comme un appel, ou comme une prise de conscience. Au présent, elle dit que l’envie se fait entendre maintenant. Son côté ombre, la peur du regard des autres, ouvre une question utile : l’hésitation tient-elle à l’idée de redevenir débutant devant quelqu’un ? La page du Jugement détaille cette image du Jugement dernier.
Le Bateleur au futur
L’arcane I place un jeune homme derrière une table de foire, baguette en main, devant un matériel d’escamoteur : sur la carte reproduite ici, deux gobelets, de petites boules, un disque, un couteau, une corne et une gibecière. La tradition y voit le commencement, l’habileté, l’initiative ; côté ombre, la dispersion et l’inexpérience. En troisième position, la carte se lit comme une tendance à examiner, sous forme de question : si l’appel du présent continue de se faire entendre, quelle place laisser à un recommencement, avec les outils déjà posés sur la table ? Elle ne dit pas si le projet aboutira, ni quand. Son côté ombre met plutôt en garde contre l’envie de tout reprendre à la fois.
Les trois ensemble
Les numéros racontent la même histoire que les images : VIIII, XX, puis I. La suite monte jusqu’au Jugement et retombe au premier nombre du jeu, ce que beaucoup de lecteurs liraient comme un retour au début, assez logique pour quelqu’un qui réapprend. Le Bateleur était l’atout le plus faible du jeu : on peut y lire un recommencement modeste, ce qui répond en partie à la peur d’être jugé. Les deux cartes des côtés montrent chacune un objet tenu en main, la lanterne et la baguette ; celle du centre montre le moment où quelque chose se lève.
Ces trois lames ne s’additionnent pas comme dans un tirage oui ou non. L’Hermite y serait « à nuancer », Le Jugement et Le Bateleur « plutôt oui », mais ici seule compte la place de chaque carte. Une question fermée relève d’une autre méthode, comparée avec les autres sur la page des tirages du Tarot de Marseille.
Pour prolonger la lecture : qu’est-ce qui a gardé ce projet caché ? Devant qui ai-je peur d’être débutant ? Par quel petit geste pourrais-je recommencer ?
Sources
- Claude Burdel, Tarot de Marseille, 1751, Minneapolis Institute of Art, domaine public : source des cartes de l’exemple, L’Hermite (P.96.30.10), Le Jugement (P.96.30.21) et Le Bateleur (P.96.30.2)
- Jude Talbot, « Un tarot qui rebat les cartes », BnF, Chroniques n° 106, 2026
- « Etteilla », Encyclopædia Universalis
- Tarot de Marseille, modèle Conver daté de 1760, référence des descriptions (Wikimedia Commons)







