Le tirage oui ou non en bref
- La question est fermée et porte sur vous : ce que vous envisagez de faire, ce que vous souhaitez vivre.
- On tire dans les 22 arcanes majeurs, mis à part : c’est sur eux que porte l’usage.
- Une carte suffit pour une question simple ; trois cartes donnent une lecture plus nuancée.
- Trois lectures sont possibles : plutôt oui, plutôt non, à nuancer.
- Une question, un tirage. Une réponse qui déçoit ne justifie pas de rebattre les cartes.
Le geste prend une minute. Le plus gros du travail se fait avant, en formulant la question, et après, en lisant pourquoi la carte penche d’un côté.
Une pratique moderne, sans règle historique
Le Tarot de Marseille n’a pas été conçu pour interroger le sort. Le tarot naît en Italie du Nord au XVe siècle, sous le nom de trionfi, et sert pendant environ trois siècles à un jeu de levées ; la BnF rappelle que la fonction première du modèle marseillais était le jeu. La plus ancienne trace connue d’un usage divinatoire est un manuscrit bolonais des environs de 1750, qui donne un sens à 35 cartes : le Fou y signifie la folie, le Pendu le traître.
La lecture des cartes se développe ensuite en France. En 1781, le tome VIII du Monde primitif d’Antoine Court de Gébelin, qui affirme sans preuve que le tarot vient d’Égypte, contient un essai du comte de Mellet décrivant une méthode divinatoire. En 1788 ou 1789, Etteilla fait graver le premier tarot pensé pour la divination, dont chaque carte porte un sens à l’endroit et un sens à l’envers.
Rien, dans cette histoire, ne range les lames en oui et en non. Ce classement est un usage récent, sans texte de référence ; chaque auteur le construit à partir de l’image et des mots-clés de la carte. Pour fixer ses repères, la rédaction a comparé le 23 octobre 2026 les lectures de cinq sites francophones de tarot. Huit arcanes y font consensus du côté du oui : Le Bateleur, L’Impératrice, L’Empereur, Le Chariot, La Force, L’Étoile, Le Soleil et Le Monde. Le Diable, La Maison Dieu et La Lune y sont lus comme des non. Trois lames divisent franchement : Le Mat, L’Amoureux et La Roue de Fortune.
Ce relevé ne fait pas loi : il montre qu’un usage existe, et qu’il varie. La lecture retenue par Arcane Lune suit la tendance majoritaire et signale l’écart quand il y en a un ; c’est la même sur chaque page carte du site.
Formuler une question fermée qui a du sens
Une question fermée appelle un oui ou un non, ce qui ne suffit pas à en faire une bonne question pour le tarot oui ou non. Avant de mélanger, passez-la à quatre filtres.
- Posez une seule question : une carte ne tranche pas deux choix à la fois.
- Parlez de vous : de votre position, de votre envie, de votre préparation, pas des pensées de quelqu’un d’autre.
- Donnez-lui un cadre : nommez la situation et ce que vous envisagez d’y faire.
- Acceptez d’avance les deux réponses. Si l’une vous paraît impossible à entendre, la question demande sans doute plus qu’une carte.
| Question telle qu’elle vient | Ce qui coince | Reformulation possible |
|---|---|---|
| « Va-t-il me rappeler ? » | Elle porte sur la décision d’un autre. | « Est-ce le moment de reprendre contact moi-même ? » |
| « Vais-je réussir mon concours ? » | Elle demande un résultat à l’avance. | « Ma façon de préparer ce concours me convient-elle ? » |
| « Dois-je proposer un atelier d’écriture et m’inscrire à la chorale ? » | Deux questions en une. | « Ce projet d’atelier d’écriture répond-il à ce que je cherche ? », puis, dans un second tirage, la question de la chorale. |
| « Est-ce que ça va s’arranger avec ma sœur ? » | Pas de cadre, et une issue qui dépend de deux personnes. | « Ai-je envie de faire le premier pas vers ma sœur ? » |
Écrivez la question avant de tirer, mot pour mot : une fois la carte retournée, on se souvient volontiers de celle à laquelle la carte semble répondre. Pour mélanger, couper et tirer, suivez les étapes de la page comment tirer les cartes du Tarot de Marseille soi-même.
Une carte ou trois cartes : les deux méthodes
La méthode à une carte
- Séparez les 22 arcanes majeurs du reste du jeu.
- Écrivez la question, puis gardez-la en tête pendant que vous mélangez.
- Coupez, tirez une seule carte et posez-la face visible : c’est la position 1 du schéma.
- Cherchez sa lecture dans le tableau plus bas, puis lisez la raison qui l’accompagne.
La carte unique a pour elle la netteté. Elle porte aussi tout le poids de la réponse : si elle sort « à nuancer », rien ne vient l’équilibrer. On la réserve aux questions simples, ou à un premier regard avant un tirage plus long.
La méthode à trois cartes
Tirez trois cartes et posez-les en ligne. Contrairement au tirage en trois cartes passé, présent, futur, les places n’ont pas de sens propre ici : les trois lames se lisent ensemble. La tendance dominante l’emporte, et une carte « à nuancer » ne compte ni pour ni contre ; elle dit comment, ou à quelle condition.
| Cartes tirées | Lecture d’ensemble |
|---|---|
| Trois « plutôt oui » | Plutôt oui, sans réserve dans le tirage |
| Deux « plutôt oui », une « à nuancer » | Plutôt oui ; la carte à nuancer précise la manière |
| Deux « plutôt oui », une « plutôt non » | Plutôt oui ; la carte du non montre ce qui résiste |
| Une « plutôt oui », deux « à nuancer » | Un oui fragile, qui repose sur les deux nuances |
| Une de chaque lecture | Aucune tendance : la réponse est à nuancer |
| Trois « à nuancer » | À nuancer ; la question gagne à être reformulée |
Les mêmes règles valent dans l’autre sens : deux « plutôt non » l’emportent, et la carte restante montre ce qui reste ouvert. Le comptage donne une direction ; la lecture vient des images, comme dans l’exemple plus bas.
Les 22 arcanes en lecture oui ou non
D’un auteur à l’autre, le classement change, mais il part le plus souvent de l’image. Un char qui avance ou deux enfants sous un soleil penchent vers le oui. Le non rassemble les scènes de suspension et de chute, du Pendu attaché par un pied aux deux hommes qui tombent de La Maison Dieu ; sous La Lune, les deux chiens qui aboient y ajoutent le trouble. Les cartes à nuancer parlent de choix, d’attente ou de hasard : L’Amoureux se tient entre deux femmes, et personne ne tourne la manivelle de La Roue de Fortune.
L’Arcane sans nom se lit plutôt non, au sens d’une fin à accepter, et comme un « peut-être » chez une partie des auteurs. Aucune tradition sérieuse n’en fait l’annonce d’une mort, en oui ou non pas plus qu’ailleurs.
| Arcane | Lecture | Pourquoi |
|---|---|---|
![]() Le Mat | À nuancer | L’usage diverge : selon les auteurs, l’élan du Mat penche vers le oui, vers le non ou vers l’imprévu. |
![]() I · Le Bateleur | Plutôt oui | Carte de départ et d’initiative, classée du côté du oui dans l’usage le plus répandu. |
![]() II · La Papesse | À nuancer | Carte de patience et de maturation : beaucoup d’auteurs la lisent comme un « attendre » plutôt qu’un oui ou un non. |
![]() III · L’Impératrice | Plutôt oui | Élan créatif et rayonnement : l’usage le plus répandu la lit comme un oui. |
![]() IIII · L’Empereur | Plutôt oui | Stabilité et cadre solide : l’usage le plus répandu la place du côté du oui. |
![]() V · Le Pape | Plutôt oui | Plutôt oui dans l’usage le plus répandu ; une partie des auteurs le lit comme un « peut-être ». |
![]() VI · L’Amoureux | À nuancer | Carte du choix : selon les auteurs, elle se lit comme un oui, un non ou un « peut-être ». |
![]() VII · Le Chariot | Plutôt oui | Avancée et volonté : une carte que l’usage le plus répandu range du côté du oui. |
![]() VIII · La Justice | À nuancer | Carte d’évaluation : l’usage la lit plutôt comme un « attendre » ou un « peut-être », rarement comme un oui franc. |
![]() VIIII · L’Hermite | À nuancer | Carte du recul : l’usage la lit surtout comme un « pas encore », parfois comme un non. |
![]() X · La Roue de Fortune | À nuancer | Usage divergent : la Roue se lit le plus souvent comme un « peut-être », un changement dont le sens reste ouvert. |
![]() XI · La Force | Plutôt oui | Courage et maîtrise de soi : l’usage le plus répandu la lit comme un oui. |
![]() XII · Le Pendu | Plutôt non | Carte d’attente : l’usage la classe du côté du non, ou d’un « pas maintenant ». |
![]() XIII · L’Arcane sans nom | Plutôt non | Plutôt non, au sens d’une fin à accepter ; une partie des auteurs la lit comme un « peut-être ». |
![]() XIIII · Tempérance | Plutôt oui | Plutôt oui, au sens d’un « oui, lentement » ; une partie des auteurs la lit comme un « peut-être ». |
![]() XV · Le Diable | Plutôt non | L’usage le plus répandu la lit comme un non : une attirance qui retient plus qu’elle ne libère. |
![]() XVI · La Maison Dieu | Plutôt non | Plutôt non dans l’usage le plus répandu : un bouleversement qui oblige à reconstruire. |
![]() XVII · L’Étoile | Plutôt oui | Espoir et confiance : une carte que l’usage le plus répandu lit comme un oui. |
![]() XVIII · La Lune | Plutôt non | Carte du doute : l’usage le plus répandu la lit comme un non, ou comme une question à vérifier avant d’y répondre. |
![]() XVIIII · Le Soleil | Plutôt oui | Le oui le plus net pour la plupart des auteurs : clarté, joie, réussite partagée. |
![]() XX · Le Jugement | Plutôt oui | Plutôt oui dans l’usage le plus répandu ; une partie des auteurs le lit comme un « peut-être ». |
![]() XXI · Le Monde | Plutôt oui | Accomplissement : l’usage le plus répandu lit Le Monde comme un oui. |
Le tableau compte onze « plutôt oui », cinq « plutôt non » et six « à nuancer » : sur un tirage à une carte, une lame sur deux penche vers le oui, ce qui invite à ne pas surestimer un oui isolé. Certaines lectures portent aussi une réserve. Le Pape, Tempérance et son « oui, lentement », et Le Jugement restent du côté du oui, mais une partie des auteurs les lit comme un « peut-être ». Le Pendu, lui, se lit comme un non ou comme un « pas maintenant ». Quand l’une de ces cartes sort seule, lisez la raison avant l’étiquette.
Chaque nom du tableau mène à la page de la carte ; la page des 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille les présente toutes.
Lire une réponse « À nuancer » sans retirer les cartes en boucle
Une carte à nuancer frustre, et la tentation est connue : retirer une carte, puis une autre, jusqu’à obtenir un oui ou un non net. Chaque nouveau tirage répond en fait à une question plus impatiente que la première, et la réponse retenue est souvent celle que l’on espérait. Pour reposer la question, changez d’abord sa formulation. Les six lames à nuancer, elles, se rangent en deux groupes.
La Papesse, La Justice, L’Hermite : pas encore
La tradition les lit plutôt comme un « attendre » ou un « pas encore ». La Papesse étudie son livre, La Justice tient l’épée et la balance, L’Hermite avance avec une lanterne tenue contre son manteau. La réponse porte moins sur le fond que sur la maturité de la situation : ce que vous savez déjà, ce qui reste à vérifier ou à peser. Ces cartes ne donnent aucun délai. Elles invitent à chercher ce qui n’est pas encore prêt.
Le Mat, L’Amoureux, La Roue de Fortune : une question à revoir
Pour ces trois cartes, l’usage diverge, et leur sortie dit souvent quelque chose de la question elle-même. Carte du choix dans la tradition, L’Amoureux suggère que la question en contenait deux. Le Mat, qui marche avec son bâton et son baluchon, interroge l’élan : l’envie de partir avant d’avoir un plan. La Roue de Fortune rappelle qu’une partie de la situation ne dépend pas de vous. Reformulez, ou passez à une méthode plus large : le tirage en croix et sa carte de synthèse sépare ce qui vous porte de ce qui fait obstacle.
Une carte renversée en oui ou non
Beaucoup de lecteurs du Tarot de Marseille ne renversent pas les cartes. Les sens renversés viennent du tarot d’Etteilla, évoqué plus haut ; le Tarot de Marseille, fait pour jouer, n’en prévoyait aucun.
En oui ou non, il n’existe pas davantage de règle commune pour une carte sortie à l’envers. Certains la lisent comme un non, quelle que soit la lame ; d’autres, pour une carte du côté du oui, comme un « oui, mais plus tard », sans délai précis. Les deux conventions se défendent, à condition de les choisir avant le tirage : décider du sens d’une carte renversée après l’avoir vue revient à choisir sa réponse. Si vous débutez, remettez la carte à l’endroit et lisez-la comme dans le tableau.
Un exemple de tirage commenté
La question, écrite avant de mélanger : « Est-ce le bon moment pour présenter mon projet d’atelier d’écriture à la médiathèque de mon quartier ? » Elle passe les filtres vus plus haut : une seule action, celle de la personne qui consulte, dans un lieu précis. Trois cartes sortent : Le Chariot, La Papesse et L’Étoile.
Le compte
Le Chariot et L’Étoile sont classés « plutôt oui », La Papesse « à nuancer ». Deux oui, et une nuance qui ne compte ni pour ni contre : la tendance est plutôt oui.
La lecture des trois images
Le Chariot montre un homme couronné, en armure, debout dans un char tiré par deux chevaux : la tradition y lit l’avancée et la volonté. L’Étoile montre une femme agenouillée au bord de l’eau, qui verse deux cruches ; on y lit la confiance et la générosité. Les deux cartes disent l’élan et l’envie de partager, ce qui convient à un atelier.
La Papesse donne la manière. Assise, un livre ouvert sur les genoux, elle est la carte de l’étude et de la préparation. Elle ne contredit pas le oui : elle suggère d’arriver avec un projet écrit plutôt qu’avec une idée lancée de vive voix à l’accueil. Lecture d’ensemble : plutôt oui, à condition de préparer le dossier.
Ce que le tirage ne dit pas
Il ne dit pas si la médiathèque acceptera : c’est la décision d’autres personnes. Il éclaire l’élan de la personne qui consulte et ce qui lui reste à faire. Si la troisième carte avait été La Lune, plutôt non, au lieu de L’Étoile, le tirage aurait compté un oui, un non et une nuance, donc aucune tendance. La question suivante aurait pu être : « Mon projet est-il assez clair pour être présenté ? »
Les questions à ne pas poser au tarot
Sur certains sujets, la carte prendrait l’allure d’une information qu’elle ne contient pas, là où une erreur coûte cher.
- La santé : un diagnostic, un traitement, une grossesse, l’évolution d’une maladie. La carte ne renseigne pas sur le corps ; adressez-vous à un médecin.
- Les procès et les démarches juridiques : l’issue d’un litige, d’un divorce, d’une procédure. Seul un avocat ou un juriste peut évaluer un dossier.
- Les sentiments et les décisions d’autrui : « M’aime-t-il ? », « Va-t-elle revenir ? ». Le tirage ne lit pas dans une personne absente ; ramenez la question à ce que vous souhaitez faire.
- Les jeux d’argent et les placements : un numéro, un pari, un achat d’actions. Aucune lame ne parle de gains ; pour un placement, adressez-vous à un conseiller financier.
- Les décisions d’emploi ou d’argent : quitter un poste, signer un contrat, emprunter. La carte ne pèse pas ces choix à votre place ; parlez-en à un professionnel du domaine.
Si votre question touche une maladie, un deuil, une emprise ou une détresse, parlez-en à un proche ou à un professionnel. En cas d’idées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide. Pour des violences conjugales, appelez le 3919.
Pour tout le reste, le oui ou non garde une limite : une seule lame résume beaucoup. Une question ouverte, posée à un tirage en trois cartes ou en croix, ou un tirage commenté par une autre personne, laisse plus de place à ce que les cartes nuancent, et c’est souvent là que la lecture devient utile. Le guide des tirages du Tarot de Marseille compare ces méthodes selon la question posée.
Sources
- Claude Burdel, Tarot de Marseille, 1751, Minneapolis Institute of Art, arcanes majeurs P.96.30.1 à 22 (notice du Chariot), domaine public : source des images de cette page
- Jude Talbot, « Un tarot qui rebat les cartes », BnF, Chroniques n° 106, 2026
- « A Brief History of Cartomancy », MIT Libraries
- Notice d’un tarot Grand Etteilla et historique du jeu d’Etteilla, Christie’s
- « Tarot : le tarot divinatoire et occultiste », Encyclopædia Universalis













































