Ce que montre la carte

Sur la carte reproduite ici, gravée par Claude Burdel en 1751, comme sur le modèle Conver, la roue 1 occupe le centre de la carte. Une manivelle 2 permet de la faire tourner, mais personne n’est là pour l’actionner. D’un côté, une créature monte 3 ; de l’autre, une créature descend 4. Au sommet se tient une troisième créature, couronnée, ailée ou drapée selon les éditions, qui tient une épée 5. Son numéro, X, soit 10, est le même dans le Rider-Waite-Smith : l’échange de numéros entre La Justice (VIII) et La Force (XI) ne la déplace pas.

Les éléments de la carte, agrandis

  1. La roue, détail agrandi de La Roue de FortuneLa roue, détail agrandi de La Roue de FortuneLa roue, détail agrandi de La Roue de Fortune, en couleur
    1 · La roueElle tourne d’elle-même : la tradition y lit les cycles, ce qui change sans que l’on décide.
  2. La manivelle que personne ne tourne, détail agrandi de La Roue de FortuneLa manivelle que personne ne tourne, détail agrandi de La Roue de FortuneLa manivelle que personne ne tourne, détail agrandi de La Roue de Fortune, en couleur
    2 · La manivelle que personne ne tourneAucune main ne la tient : on y lit ce qui ne dépend pas de soi.
  3. La créature qui monte, détail agrandi de La Roue de FortuneLa créature qui monte, détail agrandi de La Roue de FortuneLa créature qui monte, détail agrandi de La Roue de Fortune, en couleur
    3 · La créature qui monteD’un côté, une créature s’élève ; les auteurs la voient en chien, en âne ou en singe.
  4. La créature qui descend, détail agrandi de La Roue de FortuneLa créature qui descend, détail agrandi de La Roue de FortuneLa créature qui descend, détail agrandi de La Roue de Fortune, en couleur
    4 · La créature qui descendDe l’autre côté, une créature redescend : la tradition y lit le versant descendant du cycle.
  5. La créature couronnée du sommet, détail agrandi de La Roue de FortuneLa créature couronnée du sommet, détail agrandi de La Roue de FortuneLa créature couronnée du sommet, détail agrandi de La Roue de Fortune, en couleur
    5 · La créature couronnée du sommetAilée ou drapée selon les éditions, elle tient une épée en haut de la roue ; sur le Noblet, c’est encore un roi.

Agrandissements en trame. Pour les voir en couleur, ouvrez « Voir la carte d’origine », sous le titre.

Les créatures des côtés résistent à l’identification. Selon les auteurs, on les lit comme un chien, un âne ou un singe, et le dessin ne permet pas de trancher. Mieux vaut ne pas bâtir une lecture sur l’espèce exacte : ce qui compte, c’est le sens du mouvement, l’une vers le haut, l’autre vers le bas.

Le personnage du sommet a changé avec le temps. Sur le tarot de Jean Noblet (Paris, vers 1650-1659), c’est encore un roi couronné ; sur les jeux plus tardifs, il devient une créature composite. Le Rider-Waite-Smith de 1909, où la carte s’appelle Wheel of Fortune, refait toute l’image : une roue pleine marquée des lettres TARO et de lettres hébraïques, un sphinx, un serpent, la figure d’Anubis et, dans les angles, les quatre créatures que le Marseille réserve au Monde, l’ange, l’aigle, le lion et le taureau.

Une manivelle que personne ne tourne

Une manivelle est faite pour une main. Sur cette carte, elle est bien dessinée, mais rien ni personne ne la saisit. C’est sans doute le détail le plus étrange de la lame : la roue a un mécanisme, et l’on ne voit pas de mécanicien.

On en tire deux lectures qui ne s’excluent pas. La première est la plus répandue : la roue tourne sans nous, et la carte parle de ce qui ne dépend pas de soi, les circonstances, le moment, les décisions des autres. La seconde part de la manivelle elle-même. Puisqu’il y a une poignée, le mouvement n’a rien de magique ; il obéit à une mécanique que l’on peut comprendre, et la poignée attend une main. Entre les deux, la carte pose une question simple : dans ce qui change, quelle part est à votre portée ?

Les trois créatures donnent la mesure du mouvement. L’une monte, l’autre descend, la troisième domine, et aucune de ces places n’est définitive, puisque la roue continue de tourner. Le Noblet, qui place un roi au sommet, rend l’idée plus lisible : on peut être élevé, couronné, puis redescendre. On lit donc souvent la carte comme une invitation à relativiser : la position du moment n’est qu’un point du cycle, en haut comme en bas.

Fortune ne veut pas dire chance

En français moderne, « fortune » évoque la richesse ou la chance. Le titre de la carte emploie le mot dans son sens ancien de sort : ce qui arrive, en bien comme en mal, sans que l’on en décide. La langue en garde la trace dans « la bonne et la mauvaise fortune » ou dans « faire contre mauvaise fortune bon cœur ». La roue de la carte ne distribue pas de gains ; elle fait monter et descendre.

L’homonymie entretient la confusion. Un jeu télévisé porte un nom très proche, avec une roue que l’on fait tourner pour gagner des prix : il n’a rien à voir avec l’arcane X, d’où la précision « Tarot » dans le titre de cette page.

Le sens divinatoire a aussi son histoire. L’habitude de lire la Roue comme un changement plutôt favorable viendrait d’Etteilla, le cartomancien de la fin du XVIIIe siècle à qui l’on doit aussi les sens renversés. Les lectures actuelles oscillent entre ce changement favorable et l’instabilité que montre l’image, ce qui explique que la carte divise en tirage oui ou non.

Une règle ne varie pas sur Arcane Lune : la Roue ne se lit ni comme un gain, ni comme un conseil de placement, ni comme un signe pour un jeu d’argent. Une question d’argent relève d’un professionnel ; sur un pari ou une loterie, la carte n’a rien à dire.

À l’endroit

À l’endroit, la tradition associe La Roue de Fortune au changement, aux cycles, aux occasions et au mouvement. Elle décrit une situation qui se remet à bouger, parfois sans prévenir : une période close qui se rouvre, un blocage qui cède, une circonstance extérieure qui change la donne. La carte invite à reconnaître le mouvement plutôt qu’à le nier, et à repérer, dans ce qui arrive, ce que l’on peut saisir.

Elle ne dit pas si le changement sera heureux ou non. Elle signale qu’il a lieu, et rappelle qu’un cycle a toujours plusieurs phases.

Renversée

Beaucoup de lecteurs du Tarot de Marseille ne renversent pas les cartes et les lisent toutes à l’endroit. Lire une carte à l’envers est une habitude venue d’Etteilla : son tarot, gravé en 1788 ou 1789, attribuait à chaque lame un sens renversé.

La Roue se prête d’ailleurs mal au renversement. Retournez la carte : la créature qui montait semble descendre, celle qui descendait semble monter, et l’image reste celle d’un cycle. Ceux qui la lisent renversée y voient son côté ombre, l’instabilité, la répétition, la dépendance aux circonstances, un cycle qui tourne en rond au lieu d’avancer. Sans renverser, la même nuance apparaît quand la Roue tombe à côté de lames difficiles, comme Le Diable : le mouvement prend alors l’allure d’un piège qui se répète.

En amour

En amour, la carte décrit une situation qui évolue : une rencontre imprévue, un retournement, une relation qui change de phase. Elle invite à regarder ce qui, dans le lien, relève des circonstances (un déménagement, un emploi du temps, un moment de vie) et ce qui relève de vos choix.

La Roue ne dit pas si une personne reviendra, ni si une histoire terminée recommencera ; elle ne renseigne pas sur les sentiments ou les décisions de quelqu’un d’autre. Son ombre, en amour, est la répétition : retrouver le même schéma d’une relation à l’autre. Si c’est ce que la carte vous évoque, la question porte sur ce qui relance le cycle, pas sur la chance.

Au travail

Au travail, la tradition associe la Roue aux opportunités, aux changements de poste et aux périodes instables. Elle met en avant la capacité d’adaptation : repérer une ouverture, accepter qu’une organisation bouge, ne pas tenir pour définitive une situation qui paraît figée.

Elle ne dit pas s’il faut accepter une offre ou quitter un emploi, et elle ne parle ni de rémunération ni de placement. Ce qu’elle décrit, c’est une posture face au mouvement : distinguer ce qui vous échappe, comme une décision de la direction ou l’état d’un secteur, de ce qui reste entre vos mains, comme vos compétences et la façon dont vous vous préparez.

En lecture oui ou non

La Roue de Fortune fait partie des cartes qui divisent. L’usage est divergent, et la lecture la plus fréquente la classe « à nuancer », du côté du « peut-être » : un changement a lieu, mais son sens reste ouvert. Selon les auteurs et les sites, on trouve aussi bien un oui qu’un non. Ce « peut-être » se prend comme une piste de lecture, non comme une réponse ; la page du tirage oui ou non détaille la méthode et la lecture des autres arcanes.

Cartes associées

Avec L’Hermite, arcane VIIII, qui la précède, le rythme change brusquement. L’Hermite avance lentement, à son pas ; la Roue tourne sans demander l’avis de personne. Certains lecteurs lisent la paire comme le passage d’un temps que l’on prend à un temps qui s’impose, sans dire que cela arrive.

Avec Le Chariot, arcane VII, la comparaison passe par les roues. Le Chariot montre un homme couronné debout dans un char tiré par deux chevaux : un mouvement conduit. La Roue montre un mouvement sans conducteur. Ensemble, elles posent la question de la maîtrise : qu’est-ce que je dirige, et qu’est-ce qui m’emporte ?

Avec Le Monde, arcane XXI, le cercle se referme. La couronne de feuillages qui entoure la figure du Monde achève ce que la Roue laisse tourner : certains lecteurs lisent la paire comme un cycle qui trouve son aboutissement, sans dire que cela arrive.

Un exemple, dans un tirage en trois cartes « Situation, Obstacle, Conseil », sur la question « Comment aborder la réorganisation de mon service ? » : La Roue de Fortune en situation, Le Chariot en obstacle, L’Hermite en conseil. On peut y lire un changement qui ne dépend pas de vous, la tentation de reprendre la main trop vite par besoin de tout contrôler, et l’invitation à observer avant d’agir. La lame suivante, La Force, arcane XI, oppose à ce mouvement subi une maîtrise tranquille ; les autres lames sont dans la table des 22 arcanes majeurs.

Questions à se poser

  • Dans ce qui change, qu’est-ce qui dépend de moi, et qu’est-ce qui n’en dépend pas ?
  • Est-ce que je me sens en train de monter, au sommet, ou en train de redescendre ?
  • Quelle situation se répète, et qu’est-ce qui la relance à chaque tour ?
  • Si je posais la main sur la manivelle, dans quel sens voudrais-je la tourner ?

Sources