Le Tarot de Marseille en bref
- 78 cartes : 22 arcanes majeurs, dont 21 numérotés en chiffres romains et Le Mat, sans numéro ; 56 arcanes mineurs, en quatre couleurs de 14 cartes (Deniers, Coupes, Épées, Bâtons).
- Le plus ancien exemplaire fabriqué à Marseille est le tarot de Philippe Vachier, daté de 1639 et entré à la BnF en décembre 2025.
- Les historiens distinguent deux familles de jeux : le type I, du XVIIe et du début du XVIIIe siècle, et le type II, dont le plus ancien exemplaire daté remonte à 1709.
- Le modèle Conver, daté de 1760 sur son Deux de Deniers, sert de référence au type II et aux descriptions de ce site ; son auteur reste discuté. Les cartes reproduites viennent d’un autre jeu du même type, celui de Claude Burdel, daté de 1751.
- Le nom « tarot de Marseille » date des années 1830 selon la BnF, de 1856 selon l’historien Thierry Depaulis. Il désigne un dessin, pas une ville d’origine.
D’où vient le Tarot de Marseille
Des cartes de triomphes italiennes
Le tarot naît en Italie du Nord au XVe siècle. La plus ancienne mention documentaire de cartes de trionfi, les « triomphes », date de 1440 : un registre florentin note la remise de deux jeux à Sigismondo Pandolfo Malatesta. Les témoins les plus célèbres sont les cartes peintes dites Visconti-Sforza, réalisées à Milan vers 1450 et attribuées à l’atelier de Bonifacio Bembo. Il en subsiste une quinzaine de jeux, tous incomplets.
Ces cartes servent à un jeu de levées, où les atouts l’emportent sur les cartes de couleur. Aucun document du temps ne les associe à la divination. Le mot français « tarot » est attesté depuis au moins 1505, et Rabelais compte le jeu « au tarau » parmi ceux de Gargantua en 1534. Le passage du jeu en France est souvent rattaché aux guerres d’Italie, après la conquête de Milan par les Français en 1499 : l’hypothèse est probable, aucun document ne la prouve.
Le modèle se fixe en France
Les plus anciens jeux conservés du dessin que l’on dit aujourd’hui « de Marseille » datent du XVIIe siècle. Le plus ancien fabriqué à Marseille est le tarot de Philippe Vachier : 78 cartes gravées sur bois et coloriées au pochoir, datées de 1639 sur le Deux de Deniers. Passé en vente aux enchères à Paris en 2023, le jeu est entré à la BnF en décembre 2025. La date, gravée maladroitement et à l’envers, est acceptée par la BnF ; quelques amateurs la discutent.
Jusque-là, le plus ancien exemple connu du modèle venait de Paris : le tarot de Jean Noblet, gravé vers 1650-1659 selon la BnF, qui le conserve avec cinq cartes manquantes, du 6 au 10 d’Épées. Au début du XVIIIe siècle suivent le tarot de Jean Dodal, imprimé à Lyon entre 1701 et 1715 et destiné à l’exportation selon la BnF, et celui de Pierre Madenié, daté de 1709, à Dijon.
Thierry Depaulis range ces jeux en deux types. Le type I réunit les jeux du XVIIe siècle et du tout début du XVIIIe (Vachier, Noblet, Dodal). Le type II n’apparaît pas avant 1700, et le Madenié en est le plus ancien exemplaire daté. La différence tient à des détails : la carte sans numéro s’intitule « LE FOL » sur le type I et « LE MAT » sur le type II ; le visage de la Lune passe de face à profil ; la Justice, souvent ailée sur le type I, perd ses ailes.
Le modèle Conver est devenu la référence du type II ; c’est aussi celui que suivent les descriptions de ce site. Son Deux de Deniers porte l’inscription « N.as CONVER 1760 ». La date gravée est établie, l’auteur ne l’est pas. La BnF documente un Nicolas Conver né en 1784, actif de 1809 à 1833, et précise que le jeu daté de 1760 n’est attribuable ni à un aïeul ni à un homonyme. D’où la formule prudente : le « modèle Conver daté de 1760 », plutôt qu’un jeu de 1760. Les cartes reproduites sur le site viennent d’un autre jeu du même type, conservé au Minneapolis Institute of Art, dont l’auteur est connu : son Deux de Deniers porte « CLAUDE.BURDEL.CARTIER.ET.GRAVEUR.1751 », la signature du cartier et graveur Claude Burdel, avec l’année.
Le nom est venu après les cartes. Selon la BnF, « tarot de Marseille » désigne depuis les années 1830 un tarot à enseignes latines produit dans la ville et, plus largement, dans le quart sud-est de la France ; Thierry Depaulis attribue l’expression à l’historien des cartes Romain Merlin, en 1856. Le berceau probable du modèle est Lyon, toujours selon la BnF. Marseille ne devient un grand centre de fabrication que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
1781 : le jeu devient un objet à interpréter
La plus ancienne trace connue d’un usage divinatoire du tarot est un manuscrit bolonais des environs de 1750, qui attribue un sens à 35 cartes : le Fou y signifie « folie », le Pendu « traître ». Le tournant date de 1781. Dans le tome VIII du Monde primitif, Antoine Court de Gébelin affirme, sans preuve, que le tarot est un livre égyptien, le « livre de Thot », et rebaptise le Pape et la Papesse en Grand-Prêtre et Grande-Prêtresse. Le même volume publie l’essai du comte de Mellet, qui relie les 22 atouts aux 22 lettres de l’alphabet hébreu et décrit une méthode pour tirer les cartes.
Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla, avait publié en 1770 une méthode de cartomancie fondée sur un jeu de piquet. Il passe au tarot avec les cahiers de sa Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommées tarots (1783-1785), puis fait graver en 1788 ou 1789 le premier tarot conçu pour la divination. Les occultistes du XIXe siècle prennent le relais. Éliphas Lévi, au milieu des années 1850, fait du lien entre atouts et lettres hébraïques un système, socle de l’occultisme moderne du tarot ; Papus publie Le Tarot des Bohémiens en 1889, l’année où Oswald Wirth dessine 22 arcanes inspirés du Marseille. En Angleterre, l’ordre de la Golden Dawn adopte le tarot à la fin des années 1880. Deux de ses membres, Arthur Edward Waite et Pamela Colman Smith, en tirent le Rider-Waite-Smith, publié à Londres en décembre 1909.
Le XXe siècle : Grimaud, Marteau, Camoin
En 1930, Paul Marteau, directeur chez B.-P. Grimaud, édite l’« Ancien Tarot de Marseille », un type II redessiné dont le Deux de Deniers porte la date de 1748. Ce jeu domine la pratique française pendant des décennies. Son livre de 1949, Le Tarot de Marseille, propose une lecture symbolique de tout le jeu, cartes numérales comprises. Sa collection de cartes entre à la BnF en 1966, avec le tarot Dodal.
Le tarot Camoin-Jodorowsky paraît en 1997 aux éditions Camoin (certaines sources donnent 1998). Philippe Camoin, qui dit en avoir redessiné les 78 cartes à la main, le présente comme une recréation : le jeu emprunte des détails au type I, au Noblet notamment, les mêle à des éléments du type II et ajoute les siens. En 2004, Alejandro Jodorowsky et Marianne Costa publient La Voie du Tarot (Albin Michel), une méthode de lecture fondée sur une numérologie en dix degrés.
Quinze dates à retenir
Le tableau distingue ce qui est établi (un objet conservé ou une source datée), probable (le consensus des historiens, sans preuve directe) et débattu (des sources en désaccord).
| Date | Repère | Certitude |
|---|---|---|
| 1440 | Première mention de cartes de triomphes, à Florence | Établi |
| Vers 1450 | Cartes Visconti-Sforza, à Milan | Établi |
| Après 1499 | Arrivée du tarot en France avec les guerres d’Italie | Probable |
| 1639 | Tarot de Philippe Vachier, à Marseille | Établi ; date discutée par quelques amateurs |
| Vers 1650-1659 | Tarot de Jean Noblet, à Paris | Établi |
| 1701-1715 | Tarot de Jean Dodal, à Lyon | Établi |
| 1709 | Tarot de Pierre Madenié, à Dijon, plus ancien type II daté | Établi |
| Vers 1750 | Manuscrit bolonais, premiers sens divinatoires connus | Établi |
| 1760 | Date gravée du modèle Conver | Date établie, auteur débattu |
| 1781 | Court de Gébelin lance le mythe égyptien | Établi |
| 1788 ou 1789 | Tarot d’Etteilla, avec un sens à l’endroit et un sens à l’envers | Établi ; année débattue |
| Années 1830 ou 1856 | Apparition du nom « tarot de Marseille » | Débattu |
| 1909 | Rider-Waite-Smith, à Londres | Établi |
| 1930 | « Ancien Tarot de Marseille » de Grimaud et Paul Marteau | Établi |
| 1997 | Tarot Camoin-Jodorowsky | Établi ; 1998 selon certaines sources |
Idées reçues sur le Tarot de Marseille
Ces sept affirmations circulent d’un site à l’autre ; les documents les contredisent.
- « Le tarot vient d’Égypte. » La thèse remonte à Court de Gébelin, en 1781, et ne repose sur aucune preuve ; la Morgan Library y voit une désinformation savante. Le jeu naît en Italie du Nord au XVe siècle.
- « Les Bohémiens l’ont apporté en Europe. » L’idée vient des occultistes du XIXe siècle, Lévi et Papus en tête. Aucun document ne la soutient : les sources décrivent un jeu de cour italien.
- « Il est né à Marseille. » Le nom désigne un modèle. La BnF tient Lyon pour son berceau probable, et l’un des plus anciens exemplaires, le Noblet, a été gravé à Paris.
- « Il a toujours servi à tirer les cartes. » Il a servi à jouer pendant environ trois siècles avant d’être lu.
- « Le tarot dit de Charles VI a été peint pour ce roi. » La BnF présente ces 17 cartes comme un tarot enluminé italien.
- « Le Conver de 1760 est l’original. » C’est un modèle tardif du type II, et son attribution pose question.
- « Le Camoin-Jodorowsky restaure l’original. » Philippe Camoin, qui l’a redessiné, affirme le contraire.
La structure du jeu : 22 arcanes majeurs et 56 mineurs
Les 78 cartes forment deux ensembles. Cette répartition est déjà celle des jeux italiens du XVe siècle.
- Les 22 atouts, que la tradition ésotérique appelle arcanes majeurs. Vingt et un portent un numéro en chiffres romains additifs : IIII pour 4, VIIII pour 9, XIIII pour 14, XVIIII pour 19. Le vingt-deuxième, Le Mat, n’en porte aucun ; dans le jeu, il servait d’Excuse. Chaque atout a son titre dans un cartouche, en bas de la carte, sauf la lame XIII, laissée sans titre dans la plupart des éditions.
- Les 56 cartes de couleur, ou arcanes mineurs : quatre enseignes de 14 cartes. Chaque couleur aligne dix cartes numérales, de l’As au 10, et quatre figures, dans l’ordre croissant Valet, Cavalier, Reine et Roi.
« Atout » est le mot des joueurs. « Arcane » et « lame » viennent de l’ésotérisme : Paul Christian les introduit en 1863, et les livres de lecture les ont adoptés depuis.
Les cartes numérales du Marseille sont sans scène, hors les As d’Épées et de Bâtons : elles montrent les enseignes disposées en géométrie entre des motifs végétaux. Leur lecture moderne combine le nombre, l’enseigne et les détails du dessin : Paul Marteau applique cette méthode aux 40 cartes numérales en 1949, Jodorowsky et Costa en donnent leur version en 2004. Le tableau suivant donne le thème le plus souvent attribué à chaque rang, une convention à croiser avec le domaine de la couleur.
| Rang | Thème courant |
|---|---|
| As | germe, potentiel, élan initial du domaine |
| 2 | dualité, rencontre, accumulation, attente |
| 3 | expansion, premier fruit, élan spontané |
| 4 | stabilité, cadre, sécurité |
| 5 | ouverture, tension féconde, nouvel idéal |
| 6 | harmonie, plaisir, beauté |
| 7 | action dans le monde, effort, mouvement |
| 8 | plénitude, équilibre |
| 9 | maturité, bilan, transition |
| 10 | aboutissement et passage au cycle suivant |
| Valet | apprentissage, débuts, message |
| Cavalier | mouvement, mission, transmission |
| Reine | maîtrise intérieure, réceptivité |
| Roi | maîtrise extérieure, autorité |
Le 4 de Deniers, par exemple, croise la stabilité du 4 et le domaine concret des Deniers : on y lit souvent la sécurité, avec l’avarice pour côté ombre. Chez les Coupes, le même 4 devient la stabilité affective, le foyer, et son revers la routine.
Les 22 arcanes majeurs
Le tableau suit l’ordre des numéros, Le Mat en tête ; d’autres auteurs le rangent en 22e position ou ailleurs. La colonne « Nom imprimé » reprend le cartouche du modèle Conver. Le jeu de Claude Burdel reproduit sur ce site écrit plusieurs titres autrement, par exemple « IVSTICE », « LERMITE », « TENPERANCE » ou « LESTOILLE ». L’idée clé résume la lecture la plus répandue ; chaque page la nuance. La colonne Rider-Waite-Smith sert au lecteur qui connaît ce jeu : le nom y change souvent, le numéro parfois. Les lames sont aussi présentées en vignettes sur la page des 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille.
| Numéro | Nom imprimé (modèle Conver) | Rider-Waite-Smith | Idée clé | Page |
|---|---|---|---|---|
| sans numéro | LE MAT | The Fool (le Fou), numéroté 0 | liberté, élan, voyage | Le Mat |
| I | LE BATELEUR | The Magician (le Magicien) | commencement, habileté, initiative | Le Bateleur |
| II | LA PAPESSE | The High Priestess (la Grande Prêtresse) | savoir, étude, discrétion | La Papesse |
| III | L’IMPERATRICE | The Empress | créativité, expression, rayonnement | L’Impératrice |
| IIII | L’EMPEREUR | The Emperor | stabilité, autorité, structure | L’Empereur |
| V | LE PAPE | The Hierophant (le Hiérophante) | transmission, conseil, enseignement | Le Pape |
| VI | L’AMOUREUX | The Lovers (les Amoureux) | choix, lien affectif, désir | L’Amoureux |
| VII | LE CHARIOT | The Chariot | avancée, volonté, maîtrise | Le Chariot |
| VIII | LA JUSTICE | Justice, numérotée XI | équilibre, décision juste, droiture | La Justice |
| VIIII | L’HERMITE | The Hermit | recherche, prudence, recul | L’Hermite |
| X | LA ROUE DE FORTUNE | Wheel of Fortune | changement, cycle, occasion | La Roue de Fortune |
| XI | LA FORCE | Strength, numérotée VIII | courage, maîtrise de soi, douceur ferme | La Force |
| XII | LE PENDU | The Hanged Man | pause, lâcher-prise, autre point de vue | Le Pendu |
| XIII | sans titre (« LAMORT » sur le Noblet) | Death (la Mort) | transformation, fin de cycle, renouveau | L’Arcane sans nom |
| XIIII | TEMPERANCE | Temperance | modération, harmonie, patience | Tempérance |
| XV | LE DIABLE | The Devil | désir, attraction ; ombre : emprise | Le Diable |
| XVI | LA MAISON DIEU | The Tower (la Tour) | bouleversement, libération, déblocage | La Maison Dieu |
| XVII | L’ETOILE | The Star | espoir, confiance, générosité | L’Étoile |
| XVIII | LA LUNE | The Moon | intuition, imagination ; ombre : illusion | La Lune |
| XVIIII | LE SOLEIL | The Sun | réussite, clarté, joie | Le Soleil |
| XX | LE JUGEMENT | Judgement | appel, renouveau, prise de conscience | Le Jugement |
| XXI | LE MONDE | The World | accomplissement, plénitude | Le Monde |
Les quatre couleurs
Les enseignes du Marseille, héritées des jeux italiens, sont dites latines. Sur le modèle Conver, les deniers sont des pièces ornées reliées par des tiges fleuries ; les coupes se dressent symétriquement entre des feuillages ; les épées forment des ovales de lames courbes entrelacées ; les bâtons se croisent en treillis. Aux nombres impairs, une épée droite ou un bâton vertical traverse le centre de la carte. Trois As se détachent : une main sortant d’un nuage tient l’épée ou le bâton, et l’As de Coupes est une coupe monumentale en forme d’édifice.
| Enseigne | Italien | Rider-Waite-Smith | Domaine de lecture (convention) | Page |
|---|---|---|---|---|
| Deniers | denari | Pentacles | matière, travail concret, sécurité | Les Deniers |
| Coupes | coppe | Cups | sentiments, relations, vie intérieure | Les Coupes |
| Épées | spade | Swords | pensée, parole, décisions, conflits | Les Épées |
| Bâtons | bastoni | Wands | énergie, désir, action, création | Les Bâtons |
Chaque couleur a sa page, carte par carte, et la page des arcanes mineurs réunit les 56 cartes en vignettes.
Deux grilles circulent, à prendre pour ce qu’elles sont. D’abord les éléments : dans la correspondance la plus courante, les Bâtons vont au Feu, les Coupes à l’Eau, les Épées à l’Air et les Deniers à la Terre. Diffusée par l’occultisme du XIXe siècle, fixée par la Golden Dawn, elle n’est pas unanime : certains auteurs échangent Bâtons et Épées. Ensuite les classes sociales, Épées pour la noblesse, Coupes pour le clergé, Deniers pour les marchands, Bâtons pour les paysans : une interprétation symbolique tardive, que rien ne permet d’attribuer aux cartiers. Côté jeu français, les rapprochements Épées-Piques et Coupes-Cœurs sont les plus admis ; Bâtons et Deniers vont aux Trèfles ou aux Carreaux selon les approches.
Lire une carte : image, position, cartes voisines
Un mot-clé ne suffit pas à lire une carte. La lecture tient compte de trois choses, dans cet ordre.
Ce que montre l’image
Une carte de Marseille se lit d’abord par son dessin : gestes, objets, couleurs, direction des regards. Le Bateleur se tient derrière une table chargée d’objets, gobelets et couteau notamment, une baguette à la main ; la tradition y voit l’initiative et le savoir-faire, et, côté ombre, le bluff de l’escamoteur. Décrire la carte avant de chercher sa définition évite de plaquer un sens appris. Une partie des lecteurs suit aussi les regards : un personnage tourné vers la carte voisine semble s’adresser à elle, et la lecture relie les deux.
La place dans le tirage
La même carte change de portée selon sa position. Dans un tirage en trois cartes lu « situation, obstacle, conseil », Le Pendu en situation décrit une attente en cours ; en conseil, il invite plutôt à regarder la question sous un autre angle. Dans un tirage en croix, chaque place a un sens fixé avant de tirer : ce qui vous porte, ce qui fait obstacle, ce qui peut aider, l’évolution possible, puis une carte de synthèse. La position donne le cadre de la question, la carte ce qui s’y joue. Les gestes, du mélange à la disposition, sont détaillés dans le guide pour tirer les cartes du Tarot de Marseille soi-même.
Les cartes voisines
Une carte se lit avec celles qui l’entourent. Placée à côté de La Lune, L’Étoile se lit souvent comme un espoir qui doute encore ; à côté du Soleil, comme une confiance qui se confirme. La couleur dominante donne aussi le ton : une majorité d’Épées situe la question dans la pensée et les décisions, une majorité de Coupes dans les liens. Beaucoup de lecteurs voient dans un tirage riche en arcanes majeurs une question de fond, et dans un tirage fait surtout de mineurs une affaire plus quotidienne.
Cartes à l’endroit et renversées : ce qui divise les lecteurs
Une carte tombée à l’envers a-t-elle un autre sens ? Les lecteurs du Marseille répondent de trois façons.
- Beaucoup ne renversent pas les cartes. Ils remettent chacune à l’endroit et lisent ses deux versants, lumineux et sombre, selon le contexte.
- D’autres donnent à la carte renversée son côté ombre, ou y voient un élan retardé, contrarié.
- Une troisième façon de faire se passe du renversement et regarde les voisines : une carte entourée de lames difficiles penche vers son côté ombre.
Le sens renversé a une origine identifiable : le tarot d’Etteilla, gravé en 1788 ou 1789, dont chaque carte porte un sens à l’endroit et un sens à l’envers. Pour un joueur de tarot, le sens dans lequel une carte se présentait n’avait pas d’importance. Court de Gébelin, en 1781, s’était pourtant arrêté sur Le Pendu, suspendu par un pied : il jugeait la carte imprimée à l’envers et y voyait la Prudence. Lire ou non les renversements relève donc d’un choix personnel, à fixer avant de tirer et à garder d’un tirage à l’autre.
Marseille et Rider-Waite-Smith : noms et numéros qui changent
Une bonne part des significations publiées en ligne décrivent en réalité le Rider-Waite-Smith, paru à Londres en 1909. Les deux jeux partagent les 78 cartes et leur répartition ; ils divergent sur le reste.
| Point de comparaison | Tarot de Marseille | Rider-Waite-Smith |
|---|---|---|
| Carte sans numéro | Le Mat, sans numéro ; il servait d’Excuse dans le jeu | The Fool, numéroté 0 et placé en tête |
| Huitième et onzième atouts | VIII La Justice, XI La Force | VIII Strength, XI Justice, échange décidé par la Golden Dawn pour des raisons astrologiques |
| Lame XIII | Sans titre dans la plupart des éditions | Titrée Death |
| Chiffres | Romains additifs : IIII, VIIII, XIIII, XVIIII | Romains soustractifs : IV, IX, XIV, XIX |
| Noms changés | La Papesse, Le Pape, L’Amoureux, La Maison Dieu | The High Priestess, The Hierophant, The Lovers, The Tower |
| Cartes numérales | Enseignes disposées en géométrie, sans scène, hors les As d’Épées et de Bâtons | Les 40 cartes illustrées de scènes |
Deux conséquences pour qui lit un Marseille. Les scènes des mineurs du Rider-Waite-Smith, comme le cœur transpercé du 3 d’Épées ou la famille du 10 de Deniers, n’existent pas sur ce jeu : elles datent de 1909, et l’on en rapproche certaines d’un jeu italien bien plus ancien, le tarot Sola Busca. Un sens tiré d’un détail propre au jeu anglais, le précipice du Fou ou les sphinx du Chariot, ne s’applique pas non plus tel quel. High Priestess et Hierophant reprennent, eux, la Grande-Prêtresse et le Grand-Prêtre de Court de Gébelin. La page du Mat revient sur la place de la carte sans numéro, que Waite met en 0 et d’autres auteurs en 22.
Ce que le tarot peut éclairer, et ce qu’il ne fait pas
Une carte donne une image à regarder. Elle peut aider à formuler une question, ou à regarder une hésitation sous un autre angle. C’est l’usage que défend Arcane Lune : une interprétation symbolique, sourcée, qui laisse au lecteur le soin de faire le lien avec sa propre vie.
Le tarot ne renseigne ni sur une date ou un délai, ni sur l’issue d’un procès, une maladie, une grossesse ou un placement, ni sur les sentiments d’une autre personne. Le site ne prédit pas l’avenir. Pour une question de santé, de droit ou d’argent, adressez-vous à un professionnel du domaine. Si une inquiétude vous pousse à retirer les cartes soir après soir, parlez-en à un proche ou à votre médecin.
Le tirage oui ou non montre bien cette limite. Ranger les arcanes en « plutôt oui » ou « plutôt non » est une pratique moderne, sans règle historique, et les auteurs divergent. Le guide du tirage oui ou non donne la lecture retenue pour chacune des 22 lames, avec la raison de chaque classement. Qu’on le fasse seul ou avec quelqu’un d’autre, un tirage commenté vaut surtout par les questions qu’il fait naître.
Sources
- Jude Talbot, « Un tarot qui rebat les cartes », BnF, Chroniques n° 106, 2026 (tarot Vachier, origine du nom)
- Notice de personne « Conver, Nicolas (1784-1833) », catalogue général de la BnF
- « Tarot : le tarot divinatoire et occultiste », Encyclopædia Universalis
- Philippe Camoin, extraits d’entretiens sur le tarot Camoin-Jodorowsky

