Les Deniers en bref
Le denier est une pièce de monnaie, et l’italien appelle la couleur denari. Sur les cartes, chaque pièce est un disque orné d’une rosace ou d’une fleur, et des tiges fleuries relient les disques entre eux. Le Rider-Waite-Smith de 1909 rebaptise la couleur Pentacles et grave une étoile à cinq branches dans chaque disque. Rien de tel sur les Deniers du Marseille.
Les Deniers rassemblent quatorze cartes, les nombres de l’As au 10 puis quatre figures. Selon les éditions, les cartes numérales portent ou non un chiffre sur leurs bords ; quand il manque, il faut compter les pièces. Comme la plupart de ces cartes sont presque symétriques, leur haut et leur bas se distinguent mal, ce qui complique la tâche de ceux qui lisent les cartes renversées.
Le reste relève de la convention. Les Deniers répondent à la Terre dans la correspondance la plus courante, un système diffusé par l’occultisme du XIXe siècle. Le rapprochement avec le jeu français reste discuté : les Carreaux pour certains, les Trèfles pour d’autres. Et si l’on vous dit que les Deniers figurent les marchands, sachez que cette lecture par classes sociales est tardive, et que rien n’indique que les cartiers l’aient eue en tête.
La lecture moderne range dans la couleur la matière au sens large : le travail concret, la sécurité, le corps, ce que l’on possède et ce que l’on bâtit. Beaucoup de pages la réduisent à l’argent. Arcane Lune la lit comme la couleur du concret et de la valeur que l’on se reconnaît, et ne lui fait jamais dire quoi faire de ses économies ; la section « Deniers et argent » explique cette limite. Pour situer les Deniers parmi les quatre couleurs, la page des arcanes mineurs, qui présente les 56 cartes, offre une vue d’ensemble.
Le Deux de Deniers, carte de visite du cartier
Prenez le Deux de Deniers d’un Tarot de Marseille : entre les deux pièces court une longue banderole en forme de S. Cet espace libre a servi aux cartiers pour signer et dater leur travail. La signature se trouve souvent là, parfois aussi dans le cartouche du Deux de Coupes, et sa forme varie peu : un nom, parfois un lieu, parfois une année. C’est sur cette carte que reposent bien des datations du modèle. Trois banderoles suffisent à le montrer.
1639 : la banderole de Philippe Vachier
Philippe Vachier est un cartier attesté à Marseille de 1632 à 1668. Son Deux de Deniers porte « FELIP.VACHIE » et l’année 1639, gravée à l’envers et d’une main malhabile, ce qui fait douter certains amateurs ; la BnF retient la date. Ce jeu complet de 78 cartes, du type I, a reparu lors d’une vente aux enchères à Paris en mars 2023, puis il est entré à la BnF en décembre 2025. C’est le plus ancien tarot « de Marseille » fabriqué à Marseille même. Ses matrices semblent avoir servi encore en 1743 à Jean-Pierre Payen, cartier d’Avignon né à Marseille en 1683 : un bois gravé pouvait travailler bien après la période d’activité de son premier propriétaire.
1760 : la banderole du modèle Conver
La plus connue porte « N.as CONVER 1760 ». Ce modèle est devenu la référence du type II, et les descriptions d’Arcane Lune le suivent. Les cartes reproduites sur le site viennent d’un autre jeu du même type, dont le Deux de Deniers porte « CLAUDE.BURDEL.CARTIER.ET.GRAVEUR.1751 ». La date gravée ne fait pas de doute ; son auteur, si. La BnF conserve un exemplaire imprimé entre 1809 et 1833 et documente un Nicolas Conver né en 1784, actif à ces dates ; elle note que le jeu daté de 1760 n’est attribuable ni à un aïeul ni à un homonyme. Le musée de Vendôme, de son côté, indique une fabrique créée en 1760. D’où la formule prudente : on parle du modèle Conver daté de 1760, jamais d’un jeu de 1760.
1748, imprimé en 1930
La troisième banderole rappelle qu’une date n’est pas forcément celle de l’impression. L’« Ancien Tarot de Marseille », publié par Paul Marteau chez B.-P. Grimaud en 1930 et qui domine la pratique française pendant une bonne partie du XXe siècle, porte 1748 sur son Deux de Deniers. Le jeu se réclame d’un modèle du XVIIIe siècle ; il sort pourtant des presses près de deux siècles plus tard.
Pour le lecteur, l’intérêt est pratique : si votre jeu reproduit un modèle ancien, la banderole de son Deux de Deniers en garde souvent la trace, et c’est le moyen le plus rapide de savoir quel tarot il copie. Côté lecture, on rapproche volontiers ce ruban qui relie deux pièces de la piste la plus répandue pour la carte, l’échange et la circulation. Le rapprochement est commode, mais rien n’indique que le graveur l’ait voulu : la banderole servait d’abord à porter un nom.
De l’As au 10 de Deniers
Pour chaque carte : une définition, ce que montre le dessin, puis la piste de lecture qui revient le plus souvent chez les lecteurs modernes. Celle-ci croise le thème du nombre et le domaine de la couleur. Les cartiers n’ont laissé aucun sens pour leurs cartes numérales. La méthode qui croise nombre, enseigne et dessin est moderne : Paul Marteau l’applique aux quarante cartes numérales en 1949, Alejandro Jodorowsky et Marianne Costa en proposent une autre version en 2004. Ce qui suit relève donc de la convention, pas de l’histoire.
As de Deniers
L’As de Deniers est la carte du point de départ concret : ce qui existe déjà et peut servir. Le dessin montre une seule pièce, la plus grande de la couleur, au centre de la carte. Elle est travaillée comme une médaille, avec une rosace au cœur et une couronne de pointes autour ; au-dessus et au-dessous, des tiges fleuries s’enroulent de façon symétrique. Cette description suit le modèle Conver : l’As de Deniers manque à l’exemplaire du jeu de Claude Burdel (1751) que conserve le Minneapolis Institute of Art, d’où viennent les cartes reproduites sur le site. C’est la seule carte du jeu qui en soit absente.
La lecture par les nombres voit dans l’As un germe, le potentiel d’un domaine encore intact. Pour les Deniers, la piste courante parle de base matérielle, d’occasion concrète, de ressources de départ. Il peut s’agir d’un outil, d’un lieu, d’un savoir-faire, d’une première commande, de forces retrouvées après une période de fatigue. La carte invite à faire l’inventaire de ce que l’on a sous la main avant de chercher ailleurs. Une seule pièce, c’est aussi peu : l’As dit le commencement, pas l’abondance.
2 de Deniers
Le 2 de Deniers met deux ressources en rapport. Ses pièces sont logées dans les boucles de la banderole en S, celle où le cartier signe son jeu (voir plus haut). Le Rider-Waite-Smith en a fait un jongleur qui fait tourner deux disques dans un ruban noué en huit ; le Marseille ne montre que le ruban.
Deux, c’est la dualité et la rencontre, mais aussi l’accumulation et l’attente. En Deniers, on en tire l’échange, la circulation, l’association. La carte questionne l’équilibre entre ce que l’on donne et ce que l’on reçoit, ou entre deux obligations qui se disputent le même temps : deux emplois, un travail et un foyer, deux projets menés de front. Ce qui circule n’est pas toujours de l’argent. Un service rendu, un savoir partagé, un objet prêté comptent tout autant.
3 de Deniers
Le 3 de Deniers est celui du premier résultat, le moment où un travail commence à produire. Deux pièces se tiennent côte à côte et une troisième se place dans l’axe ; entre elles, les tiges se croisent et s’ouvrent en fleurs vers les bords. Sur un jeu sans chiffre, on peut hésiter sur le sens de la carte : la pièce isolée est-elle en haut ou en bas ?
Avec le 3 viennent l’expansion et le premier fruit d’un élan spontané. Les lecteurs modernes y voient le premier résultat d’un travail et un métier qui s’apprend : un geste que l’on commence à maîtriser, une pièce réussie, un retour encourageant. La carte encourage à reconnaître ce progrès modeste au lieu de le juger trop petit pour compter.
4 de Deniers
Quatre pièces occupent les quatre coins, comme les angles d’un enclos, et sur certaines éditions un écu fleurdelisé tient le centre, entouré de feuillages. Le 4 de Deniers est la carte de la sécurité, de ce que l’on a mis à l’abri.
Quatre est le nombre du cadre et de la stabilité. En Deniers, il devient sécurité, stabilité, épargne au sens de ce que l’on garde. C’est la seule carte de la couleur à laquelle la lecture courante prête une ombre nette : l’avarice. Entourée de lames difficiles, on la lit volontiers comme la peur de manquer qui pousse à tout retenir, le temps comme les biens. La carte parle de ce que l’on protège ; elle ne dit pas ce qu’il faudrait mettre de côté.
5 de Deniers
Le 5 de Deniers marque un déplacement : ce qui comptait ne suffit plus. Le dessin reprend le carré du 4 et pose une cinquième pièce en son centre, dans un cadre de feuilles.
Le nombre 5 introduit une ouverture, une tension féconde, un idéal nouveau. D’où la piste habituelle : une nouvelle valeur, l’envie de changer de mode de vie ou de travail. La pièce du milieu s’y prête bien, valeur nouvelle installée au cœur d’un ordre établi qu’elle dérange. Le lecteur qui vient du Rider-Waite-Smith a en tête deux mendiants dans la neige, sous un vitrail éclairé. Cette scène date de 1909, elle n’appartient pas au Marseille, et la lecture de misère qui l’accompagne n’a pas lieu d’être ici.
6 de Deniers
Six pièces s’ordonnent autour d’une fleur centrale : une en haut, une en bas, deux de chaque côté. Le 6 de Deniers est la carte de l’échange équilibré, celui où chacun trouve son compte.
On associe le 6 à l’harmonie, au plaisir et à la beauté. En Deniers, cela donne l’échange équilibré, le confort, la générosité, et la disposition va dans ce sens : rien n’y est entassé. La carte invite à examiner la réciprocité dans une situation concrète : ce que vous apportez en temps, en aide, en attention, et ce qui vous revient. Elle met aussi en avant un plaisir simple, celui d’un lieu où l’on se sent bien ou d’un repas partagé.
7 de Deniers
Le 7 de Deniers est la carte de l’effort patient, sur le terrain. Six pièces se rangent en trois rangées de deux ; sur la carte reproduite ici, une septième se loge seule dans l’axe, entre la deuxième et la troisième rangée, prise dans les tiges.
Le 7 est associé à l’effort et à l’action menée dans le monde. Appliqué à la couleur du concret, cela donne un travail qui demande de la patience. On est au temps de la culture plutôt qu’à celui de la récolte : on arrose, on recommence, on vérifie. La carte invite à tenir un rythme soutenable et à ne pas mesurer chaque jour ce qui ne se voit qu’au bout d’une saison.
8 de Deniers
Le 8 de Deniers est celui du travail abouti. Deux colonnes de quatre pièces se font face de part et d’autre d’une fleur centrale : c’est la carte la plus régulière de la couleur.
Les lecteurs modernes y lisent une prospérité stable et un ouvrage mené à bien, ce qui rejoint le thème du 8, nombre de la plénitude et de l’équilibre. On y voit la compétence installée, la satisfaction d’un résultat solide. Une précision s’impose, parce que la carte est souvent détournée : le 8 de Deniers ne dit pas d’acheter, de placer ni d’investir. Il décrit un équilibre atteint, pas une décision à prendre.
9 de Deniers
Le dessin reprend les deux colonnes du 8 et ajoute une pièce au centre, entourée de feuillages. Le 9 de Deniers est la carte de l’autonomie : savoir ce dont on a besoin.
Le 9 marque la maturité et le bilan, juste avant le passage du 10. En Deniers, la piste habituelle parle d’autonomie matérielle et de bilan de ses besoins. La pièce seule au milieu des deux colonnes se lit sans peine comme soi, au centre de ce que l’on a construit. La carte soulève une question simple, et rarement posée : de quoi ai-je vraiment besoin, et qu’est-ce qui suffit déjà ?
10 de Deniers
Le 10 de Deniers clôt la série des nombres : un aboutissement matériel qui prépare autre chose. Deux colonnes de quatre pièces encadrent l’axe de la carte, où se placent les deux dernières, une dans chaque moitié.
Dernier nombre, le 10 dit l’aboutissement et le passage au cycle suivant. Les pistes de lecture réunissent ici l’aboutissement matériel, la transmission et le patrimoine, entendu au sens large : un métier, une maison, une façon de faire que l’on passe à d’autres. Le 10 de Pentacles du Rider-Waite-Smith montre une famille sur trois générations sous une arche. Le Marseille ne montre que les dix pièces, et c’est la piste de la transmission, pas l’image, qui relie les deux cartes.
Valet, Cavalier, Reine et Roi de Deniers
Avec les figures, les personnages entrent dans la couleur. Le jeu les range dans l’ordre croissant Valet, Cavalier, Reine, Roi, et la lecture les fait aller de l’apprentissage à l’autorité. Pour les distinguer d’un coup d’œil, regardez ce que chacun fait de sa pièce : le Valet la lève, le Cavalier la laisse flotter devant lui, la Reine la tient à hauteur du visage, le Roi la garde près du genou.
Valet de Deniers
Le Valet de Deniers est l’apprenti du concret. Debout, coiffé d’un large chapeau, il lève une pièce d’une main et pose l’autre sur la hanche ; une seconde pièce est posée au sol, près de ses pieds. Selon les éditions, son titre peut courir à la verticale le long du bord, au lieu d’occuper le cartouche du bas.
Premier rang des figures, le Valet porte l’apprentissage, les débuts, le message. Celui de Deniers se lit comme une curiosité pour le concret ou une nouvelle d’ordre pratique : une proposition, une information utile, une compétence à acquérir. Les deux pièces du dessin autorisent une lecture en deux temps, celle que l’on brandit et celle qui attend encore d’être ramassée. La figure décrit une attitude ouverte et appliquée, que n’importe qui peut adopter, à tout âge.
Cavalier de Deniers
Il avance au pas, un bâton sur l’épaule, et sa pièce flotte dans le ciel devant lui, hors de sa main. Le Cavalier de Deniers met un projet concret en mouvement. Détail curieux : l’objet qu’il tient ressemble à l’enseigne d’une autre couleur, les Bâtons.
Le rang du Cavalier est celui du mouvement et de la mission. Avec les Deniers, la lecture courante en fait un déplacement lié au travail, un projet que l’on met en route. La pièce hors d’atteinte se prête à deux lectures, selon les cartes voisines : un but qui guide la marche, ou une valeur que l’on poursuit sans la tenir encore. La carte invite à vérifier que l’on sait où l’on va, et à quel rythme.
Reine de Deniers
La Reine de Deniers incarne le sens pratique, la gestion attentive de ce qui est confié. Vue de profil, couronnée, elle lève une pièce d’une main et tient un sceptre de l’autre.
Chez les figures, la Reine représente la maîtrise intérieure et la réceptivité. Ses pistes, en Deniers, réunissent le sens pratique, la gestion avisée et l’attention au corps. Ce dernier point se comprend comme une attention au rythme, au repos, au soin du quotidien ; la santé, elle, relève d’un médecin, pas d’une carte. Elle met en avant une façon de s’occuper du concret sans hâte ni négligence, qu’il s’agisse de tenir un foyer ou un atelier.
Roi de Deniers
Le Roi de Deniers est la figure de la réussite établie et de la responsabilité. Barbu, assis, coiffé d’un large chapeau, il croise les jambes et garde sa pièce près du genou. La posture rappelle celle de L’Empereur, arcane IIII, qui croise lui aussi les jambes : à l’époque, elle marquait la personne de plus haut rang.
On lit dans le Roi la maîtrise extérieure et l’autorité. En Deniers, la piste courante parle de réussite établie, de responsabilité, d’autorité dans les affaires : la personne sur qui l’on compte, celle qui a bâti quelque chose et doit maintenant en répondre. La carte décrit une posture. Elle ne juge ni une entreprise, ni un contrat, ni un placement.
Les 14 cartes de Deniers en un tableau
| Carte | Ce que montre le dessin | Piste de lecture courante |
|---|---|---|
| As | Une seule grande pièce ornée (modèle Conver ; absente du jeu reproduit) | Base matérielle, occasion concrète, ressources de départ |
| 2 | Deux pièces dans une banderole en S, souvent signée | Échange, circulation, association |
| 3 | Deux pièces côte à côte, une troisième dans l’axe | Premier résultat d’un travail, métier qui s’apprend |
| 4 | Quatre pièces aux coins | Sécurité, stabilité ; ombre : avarice |
| 5 | Quatre pièces aux coins, une au centre | Nouvelle valeur, envie de changer de mode de vie ou de travail |
| 6 | Six pièces autour d’une fleur centrale | Échange équilibré, confort, générosité |
| 7 | Trois rangées de deux, une septième dans l’axe | Effort sur le terrain, travail qui demande patience |
| 8 | Deux colonnes de quatre | Prospérité stable, travail abouti |
| 9 | Deux colonnes de quatre, une pièce au centre | Autonomie matérielle, bilan de ses besoins |
| 10 | Deux colonnes de quatre, deux pièces dans l’axe | Aboutissement matériel, transmission |
| Valet | Jeune homme debout, une pièce levée, une autre au sol | Curiosité pour le concret, nouvelle d’ordre pratique |
| Cavalier | Cavalier au bâton, la pièce flotte devant lui | Déplacement lié au travail, projet mis en route |
| Reine | Reine de profil, une pièce et un sceptre | Sens pratique, gestion avisée, attention au corps |
| Roi | Roi assis, jambes croisées, la pièce près du genou | Réussite établie, responsabilité |
Deniers et argent : ce que les cartes ne disent pas
Une carte de Deniers fait penser à l’argent, et c’est normal : l’enseigne est une pièce. La convention range bien l’argent dans le domaine de la couleur, mais au même titre que le corps, le travail ou la sécurité, et elle n’en fait pas un indicateur de gain ou de perte. Les pistes de lecture parlent de sécurité, d’échange ou de transmission ; aucune ne fixe une somme ni une échéance.
Arcane Lune s’en tient donc à trois limites, valables pour les quatorze cartes :
- une carte de Deniers ne dit pas s’il faut acheter, vendre, emprunter, placer ou investir ;
- elle ne renseigne ni sur un gain au jeu, ni sur l’issue d’une négociation, ni sur un héritage ;
- elle ne mesure pas une somme : le 10 n’est pas plus « riche » que l’As, il est plus avancé dans un cycle.
Pour une décision d’argent, un conseiller bancaire, un notaire ou un conseiller financier dispose d’éléments qu’aucun tirage ne fournit.
Ce que la couleur éclaire, c’est votre rapport au concret. Une question d’argent peut se reformuler en question de Deniers, plus utile :
- « Vais-je gagner plus ? » devient « Qu’est-ce que je fais aujourd’hui de mes ressources, et qu’est-ce que j’en attends ? »
- « Ce projet va-t-il rapporter ? » devient « De quoi ce projet a-t-il besoin pour tenir debout ? »
- « Suis-je payé à ma juste valeur ? » devient « Quelle valeur est-ce que je reconnais à mon travail, et comment la fais-je reconnaître ? »
La notion de valeur est d’ailleurs la plus riche de la couleur. Une pièce vaut ce qu’on lui reconnaît. Les Deniers invitent à regarder ce que vous tenez pour précieux, votre temps, votre savoir-faire, votre repos, et la place que vous lui laissez réellement.
Si des dettes, une situation financière difficile ou le jeu d’argent vous inquiètent, un tirage ne vous apportera pas l’aide qu’il faut. Parlez-en à un proche, à votre banque ou à un travailleur social ; des associations spécialisées accompagnent aussi les personnes endettées ou en difficulté avec le jeu.
Les Deniers et les autres couleurs
Les Deniers apportent à un tirage le poids des choses : ce qu’elles coûtent en temps, en effort, en moyens. Le reste dépend des cartes voisines.
Près des Coupes, qui touchent aux liens et à la vie affective, le concret rencontre l’affectif : un foyer que l’on aménage, un cadeau, un travail que l’on aime ou que l’on n’aime plus. À côté des Épées, une affaire concrète demande une décision, une limite à poser, une parole claire. Avec les Bâtons, l’envie de faire cherche sa forme ; beaucoup de Bâtons et peu de Deniers décrivent volontiers un élan qui manque d’ancrage, l’inverse une situation solide où l’envie s’est un peu éteinte. Dans un tirage où les Deniers sont nombreux, beaucoup de lecteurs voient des questions d’organisation, de fatigue ou de temps disponible.
Parmi les arcanes majeurs, L’Empereur est souvent lu comme le plus proche de la couleur. Sa stabilité et son sens de la structure renforcent la lecture concrète d’un Deniers ; près de lui, un 4 de Deniers penche vers le cadre solide, ou vers la rigidité si le reste du tirage est tendu.
Prenons un exemple avec le schéma « Situation, Obstacle, Conseil » du tirage en trois cartes : quelqu’un hésite à rouvrir l’atelier de couture laissé en sommeil depuis deux ans. Sortent l’As de Deniers, le 7 de Bâtons et la Reine de Deniers. L’As, en situation, rappelle que la base est là : le lieu, les machines, le savoir-faire. Le 7 de Bâtons, en obstacle, parle d’action vigoureuse et de défense ; il peut décrire une énergie dépensée à se justifier ou à tout faire en même temps. La Reine de Deniers, en conseil, parle de sens pratique et d’attention au quotidien. Le tirage ne dit pas si l’atelier marchera ; il laisse une question ouverte : quel rythme serait tenable, si la personne décidait de reprendre ?
La place des Deniers dans l’ensemble du jeu, et la façon de lire une carte avec ses voisines, sont détaillées dans le guide histoire, structure et signification des 78 cartes du Tarot de Marseille.
Sources
- Claude Burdel, Tarot de Marseille, 1751, Minneapolis Institute of Art, Deniers P.96.30.66 à 78 (notice du Deux, l’As manque au jeu), domaine public : source des images de cette page
- Jude Talbot, « Un tarot qui rebat les cartes », BnF, Chroniques n° 106, 2026 (tarot Vachier daté de 1639 sur le Deux de Deniers)
- Giquello et associés, vente de mars 2023, lot 187 : tarot de Philippe Vachier, Marseille, 1639
- Musée de Vendôme, tarot de Nicolas Conver réimprimé vers 1795 (base Joconde)
- Tarot de Marseille, modèle Conver daté de 1760, référence des descriptions (Wikimedia Commons)



























