Les Épées en bref
Les enseignes du Tarot de Marseille viennent d’Italie, où les Épées s’appellent spade. Le Rider-Waite-Smith les nomme Swords ; du côté du jeu français, on les rapproche le plus souvent des Piques, l’une des deux correspondances les mieux admises.
Une carte d’Épées ne dit pas qu’un conflit approche. Elle signale la part d’une situation qui se joue dans la tête et dans les mots : ce que l’on pense, ce que l’on dit, ce que l’on tranche. La couleur inquiète parce qu’elle touche aux désaccords et aux ruminations ; c’est aussi celle de l’idée nette et du jugement équitable.
Deux conventions circulent autour d’elle, et il vaut mieux les reconnaître comme telles. Dans la correspondance la plus courante, les Épées répondent à l’Air. Ce système s’est diffusé avec l’occultisme du XIXe siècle, puis a été fixé par l’ordre de la Golden Dawn et le Rider-Waite-Smith ; certains auteurs l’inversent et donnent le Feu aux Épées, l’Air aux Bâtons, la couleur de l’élan et de l’action. On lit aussi que les Épées figureraient la noblesse, face au clergé des Coupes, aux marchands des Deniers et aux paysans des Bâtons. Cette lecture par classes sociales est venue tard, et aucun document ne dit que les cartiers l’avaient en tête. Les trois autres couleurs ont leur page, réunies dans la rubrique des arcanes mineurs.
Lire une carte d’Épées au Tarot de Marseille : des lames, pas de scène
Beaucoup de lecteurs arrivent avec une image en tête : un cœur transpercé de trois épées pour le 3, un homme à terre, traversé de dix lames, pour le 10. Ces images ne viennent pas du Tarot de Marseille. Elles sortent d’un jeu paru en décembre 1909 chez l’éditeur londonien William Rider & Son, le Rider-Waite-Smith : A. E. Waite l’a conçu, Pamela Colman Smith l’a dessiné, y compris les quarante cartes numérales, chacune en scène. Un jeu italien bien plus ancien donnait déjà des images à ses cartes numérales : le tarot Sola Busca, que la Pinacothèque de Brera, à Milan, date des environs de 1490 et présente comme le plus ancien jeu de tarot complet conservé.
Le Marseille ne raconte rien de tel. Sur le modèle Conver, référence des jeux du type II, les cartes numérales d’Épées montrent des lames courbes qui se croisent et dessinent des ovales, parmi des motifs végétaux ; aux nombres impairs, une épée droite traverse le centre. L’As fait exception avec un geste : une main sort d’un nuage et tient une épée dont la pointe passe dans une couronne. Chercher le cœur transpercé sur un 3 d’Épées de Marseille revient à lire une autre carte que celle que l’on a sous les yeux.
Sans scène à décrire, on lit une carte d’Épées avec trois indices : combien de lames, quelle couleur, quels détails de gravure. Paul Marteau étend ce croisement aux quarante cartes numérales dans Le Tarot de Marseille (1949) ; Alejandro Jodorowsky et Marianne Costa le reprennent à leur façon dans La Voie du Tarot (2004), avec une numérologie qui compte dix degrés. Pendant près de trois siècles, le tarot a servi à jouer, et aucun document ne prête aux cartiers qui gravaient ces lames une intention divinatoire. Les pistes de cette page sont donc des conventions récentes, pas des définitions d’époque.
En pratique, une carte d’Épées se lit en quatre temps.
- Compter les lames. Le nombre donne le thème général : la dualité et l’attente pour le 2, le cadre pour le 4, le bilan pour le 9.
- Regarder le centre. Aux nombres impairs, l’épée droite qui traverse les ovales peut se lire comme l’axe d’une décision qui passe à travers la réflexion.
- Rapporter ce thème au domaine des Épées : la pensée, la parole, le jugement.
- Replacer la carte dans le tirage. Sa position et ses voisines pèsent autant que la carte seule.
Le dessin, enfin, change d’un jeu à l’autre : les tarots du type I (XVIIe siècle et début du XVIIIe) ont un trait plus fruste que ceux du type II, en général mieux gravés. Le jeu parisien de Jean Noblet, l’un des plus anciens tarots du modèle, conservé à la BnF et daté vers 1650-1659, a perdu cinq cartes : précisément les 6, 7, 8, 9 et 10 d’Épées. Pour ces cartes, on se reporte à d’autres jeux, le plus souvent au modèle Conver daté de 1760, qui sert de référence à ce site.
De l’As au 10 d’Épées
Chaque carte numérale se ramène à trois informations : combien de lames, la présence ou non d’une épée droite au centre, et le thème que la lecture par les nombres associe à ce rang. Les pistes données ici sont les plus courantes chez les lecteurs modernes ; quand les auteurs divergent, la page le dit.
As d’Épées
L’As d’Épées est la carte de l’idée qui naît et de la décision nette. C’est la seule carte numérale de la couleur qui montre un geste : une main sort d’un nuage et tient une épée dressée, dont la pointe passe dans une couronne. Premier rang de la série, l’As en est le germe, un potentiel encore entier ; chez les Épées, c’est la pensée neuve, celle qui sépare ce qui était mêlé.
La piste la plus courante parle d’idée nouvelle, de décision nette et de clarté. La couronne au bout de la lame ajoute une précision : une idée compte quand elle aboutit à quelque chose, un choix, une parole, un acte. Sur une question qui traîne, l’As d’Épées marque le moment où l’on voit enfin ce qui est en jeu. Il ne dit pas que la décision sera facile, ni qu’elle conviendra à tout le monde : voir clair oblige parfois à renoncer à une option. Devant cette carte, une question simple : qu’avez-vous déjà compris, que vous n’avez pas encore formulé ?
2 d’Épées
Le 2 d’Épées est la carte de la réflexion, du moment où l’on pèse deux options sans trancher encore. Deux lames courbes s’y croisent et forment un ovale. La lecture par les nombres associe le 2 à la dualité, à la rencontre et à l’attente : deux idées se font face, ou deux personnes qui ne pensent pas de la même façon.
Réflexion, hésitation, diplomatie : les trois mots de la piste courante décrivent une même posture. On garde les deux lames en équilibre, soit pour finir d’examiner, soit par crainte de choisir, soit pour ménager chacun. Le tirage aide à savoir de quoi il s’agit. Après une carte d’élan, le 2 d’Épées suggère de prendre le temps. Entouré de cartes d’attente, il pose la question inverse : la pesée sert-elle encore, ou repousse-t-elle une décision déjà mûre ? Il peut aussi décrire une médiation, celle de quelqu’un qui tient l’équilibre entre deux camps sans en rejoindre aucun.
3 d’Épées
Le 3 d’Épées est la carte de l’idée qui s’exprime et du débat. Une épée droite y traverse les ovales formés par les lames courbes, comme une parole qui sort d’un écheveau de pensées. Troisième nombre, premier fruit : la pensée cesse d’être intérieure et se dit.
Côté ombre, les lecteurs y placent la parole blessante, celle que l’on prononce ou celle que l’on reçoit. Le cœur brisé que beaucoup associent à cette carte vient du Rider-Waite-Smith, et la section consacrée plus bas aux cartes difficiles y revient. Sur le Marseille, la carte questionne plutôt la manière de dire. Une discussion franche peut débloquer une situation ; la même franchise, lancée sans égard, laisse des traces. Dans un tirage sur une relation ou un projet commun, le 3 d’Épées invite à se demander ce qui doit être dit, à qui, et sur quel ton.
4 d’Épées
Avec le 4 d’Épées, la pensée a trouvé son cadre. Quatre lames courbes s’y entrelacent, et le 4 est le nombre de la stabilité : quatre côtés d’une table, quatre murs d’une pièce.
Pensée structurée, repos, stratégie : ces pistes tiennent toutes au cadre ; une fois les idées rangées, l’esprit peut cesser de tourner, ou préparer la suite avec méthode. Le 4 d’Épées convient bien à une question où l’on cherche un plan, une organisation, une façon de s’y prendre. Dans un tirage chargé de cartes de mouvement, il marque une halte. La rédaction lui prête, à titre d’hypothèse, un revers : la pensée qui se fige dans son propre cadre et refuse ce qui le dérange. Dans la suite des nombres, c’est justement le 5 qui vient bousculer cette construction.
5 d’Épées
Le 5 d’Épées est la carte de la remise en question. L’épée droite reparaît au centre, et le 5 ouvre une brèche dans l’ordre établi par le 4 : tension féconde, nouvel idéal.
On y associe aussi le désaccord. Le mot fait peur, mais la carte ne désigne ni un adversaire ni une dispute à venir. Elle décrit une idée qui ne tient plus dans le cadre : une objection, un doute sur une évidence, un point de vue qui oblige à revoir sa copie. Ce désaccord peut d’ailleurs être intérieur, entre ce que l’on pensait et ce que l’on découvre, ou venir d’une idée que l’on avait écartée et qui revient. La question que pose la carte est directe : quelle certitude de départ cette tension met-elle à l’épreuve, et vaut-il la peine de la défendre ?
6 d’Épées
Le 6 d’Épées décrit l’entente intellectuelle et l’apaisement. Six lames courbes y forment leurs ovales ; c’est aussi la première des cinq cartes d’Épées qui manquent au tarot de Jean Noblet. Nombre de l’harmonie et de la beauté, le 6 donne, appliqué à la pensée, des idées qui s’accordent.
Après le désaccord du 5, la discussion a trouvé un terrain commun, ou la pensée elle-même s’est calmée. La carte se prête bien aux questions sur un travail à plusieurs, une négociation, une conversation difficile à reprendre. On peut y ajouter une nuance : un apaisement obtenu trop vite ressemble parfois à un accord de façade. Si le 6 d’Épées sort entouré de cartes de tension, il pose une question : chacun a-t-il été entendu, ou le bruit a-t-il seulement cessé ?
7 d’Épées
Le 7 d’Épées parle de l’idée que l’on défend, au prix d’un effort mental. Les lames courbes y entourent de nouveau une épée droite. Nombre de l’action dans le monde, le 7 fait sortir la pensée de l’accord du 6 pour la mesurer au dehors.
Dans la piste courante, qui réunit la défense de ses idées, la ruse et l’effort mental, c’est la ruse qui demande le plus de prudence. Elle peut désigner l’intelligence des circonstances, l’art de trouver un chemin quand la voie directe est fermée. Elle peut aussi désigner un détour qui évite la franchise. La carte ne dit pas lequel des deux est à l’œuvre, et encore moins qui ruse : elle ne sert pas à soupçonner quelqu’un. Elle invite à regarder sa propre stratégie. Défendez-vous une idée, ou seulement une position que vous ne voulez pas perdre ?
8 d’Épées
Le 8 d’Épées est une carte à double lecture : discipline de la pensée pour les uns, sentiment d’enfermement pour d’autres. Huit lames courbes s’y entrelacent en un réseau dense. Le 8 est le nombre de la plénitude, de l’équilibre, de la perfection.
Les auteurs divergent sur la façon d’appliquer ce nombre à la pensée. Les uns y voient la discipline mentale : un esprit ordonné, capable de concentration, qui tient chaque idée à sa place. Les autres y lisent le sentiment d’enfermement : tant de lames croisées ne laissent plus d’issue, et l’on tourne dans un raisonnement trop parfait pour admettre une faille. Les deux lectures partent du même dessin ; la question et le tirage permettent de choisir. Pour un examen à préparer ou un dossier à boucler, la discipline l’emporte. Pour une situation où l’on se sent coincé, l’enfermement mérite d’être regardé, et avec lui ce qui le maintient ; certains lecteurs y voient une règle que l’on s’impose soi-même.
9 d’Épées
Le 9 d’Épées montre la pensée au moment du bilan : crise et inquiétude pour une partie des lecteurs, détermination pour d’autres. Dernière carte numérale impaire, elle porte encore l’épée droite au centre. Le 9 marque la maturité et la transition, l’avant-dernier pas d’un cycle.
La piste la plus répandue parle de crise de pensée et d’inquiétude : les idées tournent, on refait les comptes, on rejoue la même conversation. D’autres auteurs retiennent la détermination, la pensée qui a mûri et sait ce qu’elle veut. Les deux lectures partagent un point : le 9 arrive quand une façon de penser a fait son temps, juste avant la conclusion du 10. La carte ne pose aucun diagnostic sur la santé de la personne qui la tire. Si l’inquiétude dure, voir l’encadré plus bas, dans la section sur les cartes difficiles.
10 d’Épées
Le 10 d’Épées marque la fin d’un mode de pensée. Avec ses dix lames, c’est la carte la plus chargée de la couleur, et le 10 clôt un cycle pour ouvrir le suivant : ce qui a été pensé jusqu’au bout laisse la place à autre chose.
La piste courante est sobre : fin d’un mode de pensée, conclusion. On est loin de l’homme à terre du Rider-Waite-Smith, et la carte n’annonce ni décès, ni ruine, ni échec définitif. Elle décrit un raisonnement arrivé à son terme : une hypothèse que l’on abandonne, un conflit qui s’éteint faute d’arguments, une manière de voir que l’on ne peut plus tenir. Ce qui suit, dans la logique des nombres, c’est un nouvel As. La carte peut donc se lire comme un soulagement autant que comme une perte. Une question l’accompagne bien : quelle idée, sur vous-même ou sur cette situation, acceptez-vous de laisser là ?
Valet, Cavalier, Reine et Roi d’Épées
Avec les figures, la lecture change d’appui : on ne compte plus, on regarde un personnage. Le Valet se tient debout, le Cavalier monte à cheval, la Reine et le Roi siègent, chacun avec une épée. Le rang porte un thème qui va du plus jeune au plus établi : l’apprentissage, le mouvement, la maîtrise intérieure, puis la maîtrise exercée sur le monde. Une figure peut évoquer quelqu’un de l’entourage ; plus souvent, elle décrit une attitude que la personne qui tire peut adopter, quels que soient son âge et son genre.
Valet d’Épées
Le Valet d’Épées est l’esprit qui apprend et observe. Premier rang des figures, celui des débuts et du message, il donne avec les Épées une pensée encore jeune, qui découvre un sujet.
Curiosité, vigilance, prudence : le Valet regarde avant d’agir. Il pose des questions, vérifie une information, apprend les règles d’un milieu ou d’un métier nouveau. Dans une question d’études ou de formation, il valorise la curiosité plus que le résultat. Il peut aussi désigner un message à lire avec attention, une nouvelle à examiner avant d’y répondre. Sa prudence protège d’une décision prise trop tôt ; poussée trop loin, elle tourne à la méfiance. À côté du Cavalier, qui fonce, le Valet rappelle qu’on a le droit de ne pas savoir encore.
Cavalier d’Épées
Le Cavalier d’Épées incarne l’action rapide et le combat d’idées. Les jeux du type I titrent cette figure « chevalier » ; le type II écrit « cavallier » ou « cavalier ». Ce rang dit le mouvement, la mission : il porte quelque chose d’un lieu à un autre.
La piste courante y ajoute la défense. Avec les Épées, ce que le Cavalier transporte est une idée, qu’il défend en chemin : un argument, une cause, une réponse qui ne peut pas attendre. Il se prête aux situations où il faut réagir vite et prendre position. Son excès se devine, et la rédaction le donne comme piste : la vitesse qui empêche d’écouter, la discussion qui tourne à l’affrontement. Le Valet observe, le Roi juge ; le Cavalier, entre les deux, agit. Devant lui, une question utile : cette urgence est-elle celle de la situation, ou la vôtre ?
Reine d’Épées
La Reine d’Épées est la figure de la lucidité et de la franchise. Son rang, celui de la maîtrise intérieure, fait d’elle quelqu’un qui écoute, reçoit, puis juge par elle-même.
On lui associe aussi l’indépendance de jugement : elle voit clair, dit ce qu’elle voit et ne se laisse pas dicter son avis. Certains lui prêtent le visage d’une femme froide ou solitaire : la carte n’en dit rien. Elle ne désigne pas forcément une femme de l’entourage ; elle décrit une manière de penser, ouverte à chacun. Dans une question sur une relation, elle pousse à nommer ce que l’on sait déjà, sans attendre que l’autre le devine. Au travail, elle met en avant le jugement indépendant, celui qui ose une réserve. Sa franchise reste une qualité tant qu’elle éclaire. Quand elle sert surtout à avoir raison, la lame se retourne.
Roi d’Épées
Le Roi d’Épées représente l’autorité intellectuelle et la décision. Ce que la Reine tient pour elle-même, il l’exerce sur le monde : son rang est celui de la maîtrise extérieure.
S’y ajoute le sens de l’équité. Le Roi d’Épées arbitre : il écoute les arguments, pèse, puis tranche selon une règle qu’il peut expliquer. Il fait penser à la Justice, arcane VIII, qui tient elle aussi une épée dressée. Comme elle, il ne renseigne pas sur l’issue d’une procédure, et la carte ne remplace ni un avocat ni un conseil juridique. Elle souligne une posture : la décision réfléchie, assumée, que l’on peut justifier. Son revers, quand le contexte est tendu, serait une autorité qui ne se discute plus. La question qu’il pose : sur quelle règle appuyez-vous votre décision, et la défendriez-vous à voix haute ?
Les 14 cartes d’Épées en un tableau
| Carte | Ce que l’on voit | Thème du nombre ou du rang | Piste de lecture |
|---|---|---|---|
| As | Main sortant d’un nuage, épée dont la pointe passe dans une couronne | Germe, potentiel | Idée nouvelle, décision nette, clarté |
| 2 | Deux lames courbes en ovale | Dualité, attente | Réflexion, hésitation, diplomatie |
| 3 | Lames courbes, épée droite au centre | Premier fruit, élan spontané | Idée qui s’exprime, débat ; ombre : parole blessante |
| 4 | Quatre lames courbes entrelacées | Stabilité, cadre | Pensée structurée, repos, stratégie |
| 5 | Lames courbes, épée droite au centre | Tension féconde, nouvel idéal | Remise en question, désaccord |
| 6 | Six lames courbes entrelacées | Harmonie | Entente intellectuelle, apaisement |
| 7 | Lames courbes, épée droite au centre | Action, effort | Défendre ses idées, ruse, effort mental |
| 8 | Huit lames courbes entrelacées | Plénitude, équilibre | Discipline mentale, ou enfermement selon les auteurs |
| 9 | Lames courbes, épée droite au centre | Maturité, bilan | Crise de pensée, inquiétude, ou détermination selon les auteurs |
| 10 | Dix lames entrelacées | Aboutissement, passage | Fin d’un mode de pensée, conclusion |
| Valet | Debout, avec son épée | Apprentissage, message | Esprit curieux, vigilance, prudence |
| Cavalier | À cheval, avec son épée | Mouvement, mission | Action rapide, défense, combat d’idées |
| Reine | Assise, avec son épée | Maîtrise intérieure | Lucidité, franchise, indépendance de jugement |
| Roi | Assis, avec son épée | Maîtrise extérieure, autorité | Autorité intellectuelle, décision, sens de l’équité |
Le 3, le 9 et le 10 d’Épées sans dramatiser
Ce sont trois des cartes d’Épées les plus cherchées, souvent avec inquiétude. Le cœur transpercé du 3 et l’homme à terre du 10 sont des scènes du Rider-Waite-Smith ; le 9 y est lui aussi une scène, dessinée en 1909. Sur un jeu de Marseille, ces trois cartes montrent des lames entrelacées et des feuillages. Ce qu’elles évoquent passe par le nombre et par l’enseigne, pas par une image de souffrance.
Ce que ces cartes n’annoncent pas
Aucune de ces cartes n’annonce un événement. Le 3 d’Épées n’annonce ni rupture ni trahison. Le 9 ne dit rien de la santé de qui que ce soit, physique ou psychique. Le 10 n’annonce ni décès, ni accident, ni échec définitif. Le tarot ne renseigne pas sur ces sujets ; une lecture qui le prétendrait sortirait de ce qu’une carte peut offrir, un support de réflexion.
Les lire calmement
Lues par le nombre et l’enseigne, les trois cartes décrivent la pensée à trois moments de son trajet : la parole qui sort, le bilan qui tourne, la conclusion. Quelques réflexes aident à les aborder sans panique. La position compte d’abord : un 10 d’Épées à la place du passé décrit une manière de penser déjà close, pas une menace. Les cartes voisines orientent ensuite la lecture ; à côté de L’Étoile, arcane XVII, la fin d’un mode de pensée prend l’allure d’un soulagement. Enfin, une règle courante de la pratique déconseille de retirer les cartes en boucle pour obtenir une réponse plus douce, et recommande de noter par écrit la première lecture.
Le tarot ne remplace ni un médecin ni un psychologue : si une inquiétude dure ou vous empêche de faire face à vos journées, parlez-en à un proche ou à un professionnel de santé. Si vous avez des idées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide. Si les paroles qui vous blessent viennent d’un conjoint ou d’un partenaire, le 3919 répond aux victimes de violences conjugales.
Les Épées et les autres couleurs
Une carte d’Épées se lit rarement seule. Dans un tirage du jeu complet, sa couleur dit sur quel terrain se joue la situation, et ses voisines disent avec quoi elle compose.
À côté des Coupes, la couleur des sentiments, la pensée rencontre l’émotion : un 2 d’Épées près d’une carte de Coupes peut décrire une hésitation où le cœur et la raison ne tirent pas dans le même sens. Avec les Deniers, l’idée se confronte au concret, et un plan comme celui du 4 d’Épées devient tâche, moyens, organisation matérielle. Avec les Bâtons, elle trouve un élan, ou se heurte à un désir pressé d’aller plus vite qu’elle.
Quand les Épées dominent un tirage, la situation se joue surtout dans les têtes et dans les mots : arguments, décisions, malentendus. Quand elles manquent, la question tient peut-être davantage à ce que l’on ressent ou à ce que l’on fait qu’à ce que l’on pense. Les arcanes majeurs, eux, donnent le ton. Près de la Justice, qui joint la balance à l’épée, une carte d’Épées insiste sur l’évaluation et sur le jugement.
Un exemple en trois cartes
Une personne se demande comment sortir d’un désaccord avec sa sœur sur l’organisation d’une fête de famille. Elle tire trois cartes, lues selon les positions situation, obstacle, conseil (voir le tirage en trois cartes et ses variantes). Sortent le 5 d’Épées, le Valet de Coupes et le 6 d’Épées.
Le 5 d’Épées, en situation, nomme ce qui est en place : une remise en question, deux visions qui se heurtent. Le Valet de Coupes, en obstacle, déplace la lecture vers l’affectif ; on lui associe d’ordinaire la timidité et l’offre affective. Ce qui bloque tient peut-être moins aux arguments qu’à quelque chose qui peine à se dire du côté du lien. Le 6 d’Épées, en conseil, parle d’entente et d’apaisement, et laisse la question ouverte : un argument de plus, ou un geste vers l’autre ? Le tirage ne dit rien des intentions de la sœur ; il éclaire la part que la personne peut prendre elle-même.
Sources
- Claude Burdel, Tarot de Marseille, 1751, Minneapolis Institute of Art, Épées P.96.30.52 à 65 (notice de l’As), domaine public : source des images de cette page
- Tarot de Marseille, modèle Conver daté de 1760, référence des descriptions (Wikimedia Commons)
- Tim Husband, « Before Fortune-Telling: The History and Structure of Tarot Cards », Metropolitan Museum of Art, 2016 (en anglais)
- « Il segreto dei segreti. I tarocchi Sola Busca », exposition de la Pinacoteca di Brera, Milan, 2012-2013 (en italien)
- Paul Marteau, Le Tarot de Marseille, Paris, Arts et métiers graphiques, 1949 ; Alejandro Jodorowsky et Marianne Costa, La Voie du Tarot, Paris, Albin Michel, 2004 (notices du catalogue général de la BnF)





























