Ce que montre la carte
Deux niveaux structurent la lame VI, soit 6. En bas, trois personnages se tiennent sur le même sol : au centre le jeune homme 2, de part et d’autre les deux femmes 3. En haut, dans un soleil rayonnant 4, un Cupidon tend son arc et vise l’homme 1. La décision se joue à hauteur humaine ; la flèche, elle, vient d’en haut.
Les éléments de la carte, agrandis



1 · L’Amour et sa flècheUn Cupidon, dans un soleil, vise le jeune homme : on y lit le désir qui pousse à choisir. 


2 · Le jeune hommeAu centre, il donne son nom singulier à la carte ; la tradition y lit le moment du choix. 


3 · Les deux femmesL’une couronnée de laurier, l’autre de fleurs : deux voies, ou le thème du choix d’Hercule entre deux chemins. 


4 · Le soleilIl entoure l’Amour et éclaire la scène d’en haut.Cadré sur les rayons à gauche de l’Amour
Agrandissements en trame. Pour les voir en couleur, ouvrez « Voir la carte d’origine », sous le titre.
Les coiffures distinguent d’abord les deux femmes : le laurier pour l’une, une couronne de fleurs pour l’autre. La carte ne dit pas laquelle il faudrait suivre, ni même s’il faut choisir entre elles, et c’est là que les lectures commencent à diverger.
Dans le Rider-Waite-Smith de 1909, titre et scène changent ensemble. La carte The Lovers, au pluriel, montre Adam et Ève nus sous un ange. Il reste deux personnages au lieu de trois, et l’image bascule du choix vers l’union.
L’Amoureux ou Les Amoureux : Marseille et Rider-Waite-Smith
Sur le modèle Conver, le cartouche porte un singulier. Le titre ne nomme pas un couple mais une personne : l’homme du centre, celui que la flèche vise et qui se tient entre deux possibles. Lire la carte au singulier, c’est la lire du point de vue de quelqu’un qui est pris dans un désir, ou dans une hésitation.
Le pluriel viendrait des copies italiennes du modèle de Marseille, où le titre devient Gli Amanti, « les amants » ; l’anglais The Lovers en serait issu. Le Rider-Waite-Smith en tire une image cohérente avec ce pluriel : un homme, une femme, un ange au-dessus d’eux, plus de troisième personnage.
Avec le Rider-Waite-Smith en tête, on tient facilement la lame VI pour la carte du couple, voire du coup de foudre. Au Tarot de Marseille, l’image pose d’abord une autre question : quel est le choix en jeu, et qui le fait ?
| Détail | Tarot de Marseille (Conver) | Rider-Waite-Smith (1909) |
|---|---|---|
| Titre | L’AMOUREUX, au singulier | The Lovers, au pluriel |
| Personnages | un jeune homme entre deux femmes | Adam et Ève, nus |
| Figure du haut | un Cupidon armé, dans un soleil | un ange |
| Lecture dominante | le choix, puis le lien | l’union d’un couple |
Le choix d’Hercule : une carte du choix
La scène rappelle un thème très répandu à l’époque où le modèle de Marseille se fixe : le « choix d’Hercule ». Le jeune héros y rencontre deux femmes qui incarnent le Vice et la Vertu, deux chemins de vie entre lesquels il doit trancher.
Les couronnes se prêtent à ce rapprochement. Le laurier est la couronne des vainqueurs et des poètes, les fleurs une parure de fête ; certains lecteurs associent la première à la Vertu et à l’effort, la seconde au plaisir et à la facilité. Rien, sur la carte, n’impose cette répartition, et d’autres préfèrent ne pas hiérarchiser les deux femmes.
Ce thème peut expliquer pourquoi la tradition place le choix avant l’amour. Cupidon vise, il ne décide pas ; l’homme du centre est encore entre les deux femmes. Les lecteurs y voient tour à tour un choix entre deux personnes, la lecture la plus littérale, ou un choix entre deux voies de vie, dans le droit fil du thème d’Hercule. D’autres insistent sur la flèche : le désir qui tranche une hésitation que la raison n’arrive pas à résoudre.
Aucune de ces lectures ne désigne la bonne option. La carte met en scène le moment où l’on hésite, et c’est sur ce moment qu’elle invite à réfléchir : ce qui attire, et ce que l’on choisirait si personne ne regardait.
À l’endroit
Tirée droite, la lame VI met au premier plan une décision qui engage le cœur autant que la raison, et invite à la regarder en face plutôt qu’à la repousser. Le désir y a sa place : c’est souvent lui qui rend le choix pressant.
Le groupe de trois personnages peut aussi expliquer la place de la sociabilité dans les mots-clés : la carte se lit rarement dans la solitude. Elle touche aux amitiés et aux alliances autant qu’au couple, et à la façon dont chacun s’y situe.
Elle suggère enfin de choisir pour soi. Le jeune homme est seul au centre de l’image ; personne ne décide à sa place, pas même l’Amour qui le vise.
Renversée
Sortie à l’envers, la lame VI est simplement remise droite par beaucoup de lecteurs du Marseille (voir l’endroit et les cartes renversées dans le guide des significations).
Chez ceux qui lisent les sens inversés, la lame renversée parle d’indécision, de tiraillement, de dépendance affective. Le choix est repoussé, ou fait pour plaire à quelqu’un d’autre ; un attachement prend la place du désir. Tout l’enjeu est alors de distinguer ce que l’on veut de ce que l’on craint de perdre. Retournée, l’image place le soleil 4 et le Cupidon 1 sous les trois personnages : la flèche ne vient plus d’en haut. On peut y lire un choix fait sans élan, par devoir ou par habitude, ou un désir qui ne guide plus la décision.
Les lames voisines donnent la même indication à qui ne renverse pas. Un Amoureux à côté de La Lune insiste sur le doute ; près du Diable, sur l’attachement qui lie.
En amour
C’est sur ce terrain que la carte demande le plus de prudence.
Ce que la carte peut dire
Dans la tradition, la lame VI désigne en amour un choix entre deux voies ou deux personnes, porté par un élan sincère : le désir, et le moment où un lien se décide. Pour une personne seule, elle pose la question de ce que l’on recherche vraiment ; dans un couple, celle de savoir si l’on choisit encore la relation ou si l’on y reste par habitude. Dans les deux cas, elle interroge l’accord entre ce que l’on désire et ce que l’on est prêt à engager.
Ce qu’elle ne peut pas dire
Les sentiments d’une autre personne, son choix, son retour éventuel : rien de cela ne se lit dans L’Amoureux. Entre deux personnes, il ne désigne pas celle avec qui il faudrait être. Les décisions d’autrui appartiennent à ceux qui les prennent. Ce que la lame éclaire, c’est votre position au centre de la scène, et la manière dont vous vivez ce choix.
Quand le choix porte sur deux personnes
C’est la lecture la plus littérale de l’image, et la plus délicate. Plutôt que de demander à la carte laquelle choisir, on peut s’en servir pour démêler ce qui pousse vers chacune : le désir, l’habitude, la peur de blesser, le regard des autres. La décision reste la vôtre, avec ce qu’elle engage pour les personnes concernées ; la carte aide seulement à la regarder plus clairement.
Si la question est précise, un tirage en trois cartes permet de poser côte à côte ce que l’on veut, ce qui retient et ce qui peut aider ; l’exemple plus bas en donne une illustration.
Au travail
Transposée au travail, la scène devient une décision à prendre, une collaboration, le plaisir de travailler avec d’autres. La carte souligne les choix entre deux pistes, deux propositions ou deux manières d’exercer son métier, et demande de les comparer à la lumière de ce qui motive vraiment. Elle touche enfin à l’association et aux relations qui rendent le travail plus vivant.
Son obstacle est l’hésitation qui s’éternise : rester entre deux options en espérant que la situation décide seule. Quelle voie prendre ? La carte se tait là-dessus, et un conseil professionnel garde sa place ; elle aide en revanche à nommer les options et les raisons de chacune.
En lecture oui ou non
Pas de réponse tranchée pour L’Amoureux : la lecture retenue est « à nuancer », car les auteurs y voient tantôt un oui, tantôt un non ou un « peut-être ». L’image montre un homme qui n’a pas encore choisi : elle renvoie la question à celui qui la pose, et une question fermée en cache souvent deux. Plutôt que de tirer une nouvelle carte, on peut reformuler en séparant les options, ou passer à un tirage qui les met en regard. Le tirage oui ou non consacre une section entière à ces réponses « à nuancer ».
Cartes associées
Dans l’ordre des arcanes majeurs, L’Amoureux suit Le Pape, arcane V : là aussi une figure entre deux personnages, mais le rapport est inverse. Le Pape parle à deux disciples ; l’homme de la lame VI se tient entre deux femmes. Lues ensemble, les deux cartes mettent face à face le conseil reçu et la décision personnelle, les valeurs transmises et le désir.
Neuf lames plus loin, Le Diable, arcane XV, offre le contrepoint le plus net. Ses deux petits personnages sont liés par le cou au piédestal. Le rapprochement aide à distinguer le désir que l’on choisit de l’attachement qui enchaîne.
Avec Le Soleil, arcane XVIIII, l’astre revient, cette fois au-dessus de deux enfants dont l’un touche l’autre. Certains lecteurs lisent la paire comme un lien sans tiraillement, la complicité qui suit le choix, sans dire que cela arrive.
Pour l’exemple, nommons ainsi les trois positions d’un tirage en trois cartes : ce que je veux, ce qui me retient, ce qui peut m’aider. Sortent L’Amoureux, Le Diable et Le Soleil. Le désir est celui de choisir et de s’engager ; ce qui retient tient d’une habitude ou d’un attachement dont on se défait mal ; ce qui peut aider passe par la franchise, dire les choses simplement et au grand jour. La lecture porte sur la personne qui consulte, jamais sur l’autre.
Juste après vient Le Chariot, un homme qui a pris la route : on y lit volontiers le choix devenu mouvement.
Questions à se poser
- Entre quelles options est-ce que j’hésite vraiment, et depuis quand ?
- Qu’est-ce qui m’attire dans chacune, et qu’est-ce qui m’effraie ?
- Quel choix ferais-je si personne ne devait l’approuver ?
- Ce lien, est-ce que je le choisis encore, ou est-ce que j’y reste ?
Sources
- Claude Burdel, « L’Amoureux », Tarot de Marseille, 1751, Minneapolis Institute of Art (P.96.30.7), domaine public : source de l’image de cette page
- Sherryl E. Smith, « L’Amore, L’Amoureux, The Lovers », Tarot Heritage
- Tarot de Marseille, modèle Conver daté de 1760, référence des descriptions (Wikimedia Commons)
- « Rider–Waite Tarot », Wikipedia (en anglais)














