Le tirage en croix en bref

  • Le jeu : les 22 arcanes majeurs seuls, puisque le calcul repose sur leurs numéros.
  • La question : ouverte, sur une situation qui vous concerne (« Comment aborder… », « Où en suis-je avec… »).
  • Les cartes : quatre tirées, une calculée.
  • La lecture : chaque carte à sa place, puis la croix entière, puis la synthèse.

La croix se lit comme deux axes. L’axe horizontal met face à face ce qui joue pour vous et ce qui joue contre ; l’axe vertical relie ce sur quoi vous pouvez vous appuyer et la piste que les autres cartes invitent à examiner. Au croisement, la synthèse nomme ce que les quatre cartes ont en commun. Les gestes qui précèdent, mélanger, couper, tirer, sont ceux de toute méthode : ils sont détaillés dans le guide expliquant comment tirer les cartes du Tarot de Marseille.

Les cinq positions et leurs variantes

La disposition en croix est très répandue. Le nom et le sens des places, eux, changent d’un manuel à l’autre, si bien que la signification d’un tirage en croix dépend d’abord de la version suivie. Arcane Lune en a fixé une, présentée ici avec la façon de lire chaque position.

Ce qui vous porte, à gauche

La carte de gauche, en position 1, décrit la situation et ce qui joue en votre faveur : un atout, une expérience, un appui déjà là. Une lame réputée difficile s’y lit par son côté utile. L’Hermite à cette place parle de l’expérience et de la prudence acquises bien plus que de solitude.

Ce qui fait obstacle, à droite

La carte de droite, en position 2, montre ce qui freine ou complique. À l’inverse de la position 1, une lame lumineuse s’y lit volontiers par son ombre : Le Soleil en obstacle peut désigner le besoin d’être admiré, ou une insouciance qui fait négliger les détails.

Ce qui peut aider, en haut

La carte du haut, en position 3, désigne une ressource, une attitude ou un appui à mobiliser. C’est la place la plus active du tirage, celle qui dit sur quoi agir. Même Le Diable s’y lit par ce que la tradition lui reconnaît de vivant, le désir et l’ambition, plutôt que par la tentation.

L’évolution possible, en bas

La carte du bas, en position 4, propose une piste à examiner à partir des cartes précédentes, pas un événement. Elle ne fixe aucune issue. Une carte qui inquiète à cette place invite à se demander ce que les positions 1 et 2 mettent en jeu, et renvoie à la position 3, qui montre sur quoi agir.

La synthèse, au centre

La carte du centre, en position 5, se calcule. Elle ne tranche pas entre les quatre autres : elle nomme le thème qui les relie, le fil de l’ensemble.

Ce que changent les autres manuels

La même croix porte ailleurs d’autres noms. La place de gauche est souvent appelée « pour », celle de droite « contre ». En haut, on rencontre « le jugement » ou « le conseil » ; en bas, « le résultat » ou « la solution ».

Les positions du tirage en croix selon les manuels
PlaceSur Arcane LuneAutres noms courants
1, à gaucheCe qui vous portePour ; la situation
2, à droiteCe qui fait obstacleContre
3, en hautCe qui peut aiderLe jugement ; le conseil
4, en basL’évolution possibleLe résultat ; la solution
5, au centreLa synthèseLa synthèse

La rédaction a écarté « résultat » pour la position 4. Le site interprète les cartes, il ne prédit pas, et une carte du bas lue comme une issue fermerait la lecture au moment où elle devrait s’ouvrir. Nommer la position 3 « ce qui peut aider » plutôt que « jugement » en fait un levier : la question devient ce que vous pouvez faire.

Calculer la carte de synthèse

Le calcul ne demande que des additions. Il suppose que les quatre cartes tirées sont des arcanes majeurs.

  1. Relevez le numéro de chaque lame. Le Tarot de Marseille écrit les chiffres romains par addition : IIII vaut 4, VIIII vaut 9, XIIII vaut 14 et XVIIII vaut 19.
  2. Additionnez les quatre numéros.
  3. Si le total ne dépasse pas 22, il donne directement le numéro de la synthèse.
  4. S’il dépasse 22, additionnez ses chiffres : un total de 46 donne 4 + 6 = 10.
  5. Cherchez dans le reste du paquet la lame qui porte ce numéro et posez-la au centre.

Le Mat, compté 0 ou 22

Le Mat ne porte aucun numéro. Dans le jeu de cartes, il servait d’Excuse ; les auteurs ésotériques lui ont ensuite donné une place dans la série, chacun à sa façon : Waite le numérote 0, Falconnier le met au rang 22, et le tarot dit de Rouen-Bruxelles l’imprime XXII. Pour le calcul, il faut trancher.

  • Compté 22, Le Mat ajoute 22 au total. Les numéros vont alors de 1 à 22 sans trou, et un total de 22 désigne Le Mat comme synthèse.
  • Compté 0, il n’ajoute rien, et il ne peut jamais sortir en synthèse : le plus petit total possible est 0 + 1 + 2 + 3 = 6, et aucune réduction ne donne 0. Un total de 22 ne correspond alors à aucune lame, et chaque lecteur règle ce cas à sa façon.

Sur Arcane Lune, le calcul compte Le Mat 22, pour que chaque total désigne une lame. Les deux usages existent, et aucun n’est plus juste que l’autre ; l’important est de choisir avant de tirer, de noter ce choix dans son carnet et de le garder d’un tirage à l’autre.

Une seule réduction suffit toujours

Sans Le Mat, le total le plus élevé possible est 21 + 20 + 19 + 18 = 78, qui se réduit en 7 + 8 = 15. Avec Le Mat compté 22, le maximum devient 22 + 21 + 20 + 19 = 82, soit 8 + 2 = 10. Après une réduction, on tombe toujours sur un numéro de lame : inutile de recommencer.

Quand la synthèse est déjà sur la table

Il arrive que le calcul désigne une des quatre cartes tirées. Avec Le Chariot (VII), La Papesse (II), Le Pape (V) et La Force (XI), le total vaut 7 + 2 + 5 + 11 = 25, réduit en 2 + 5 = 7 : Le Chariot. La lame ne peut pas être posée deux fois. Laissez le centre vide et désignez la carte ; la rédaction lit ce cas comme le point sur lequel le tirage insiste.

Un exemple commenté

La question : « Comment avancer dans mon projet de m’installer dans une autre région ? » Ouverte, elle demande un chemin plutôt qu’un verdict. Quatre lames sortent, posées dans l’ordre des positions.

Le tirage de l’exemple
PositionLameNuméro
1. Ce qui vous porteLe BateleurI, soit 1
2. Ce qui fait obstacleLe ChariotVII, soit 7
3. Ce qui peut aiderL’ÉtoileXVII, soit 17
4. L’évolution possibleLe MondeXXI, soit 21
5. La synthèseLa Roue de Fortune1 + 7 + 17 + 21 = 46, puis 4 + 6 = 10, soit X

Carte par carte

À gauche, Le Bateleur se tient derrière une table où sont posés gobelets, petites boules, couteau, corne et gibecière ; la tradition y lit le commencement, l’initiative, le savoir-faire. Ce qui porte le projet, c’est la capacité à le lancer, avec des moyens déjà réunis, même s’ils sont encore éparpillés sur la table.

À droite, Le Chariot se lit par son ombre : la précipitation, le besoin de tout contrôler. En obstacle, on y lit l’envie de tout mener de front et vite, le déménagement, le travail, le logement, sans se laisser de marge.

En haut, L’Étoile montre une femme agenouillée qui verse deux cruches, l’une dans l’eau, l’autre sur la terre ; la tradition y lit la confiance et le ressourcement. À cette place, on peut y voir une manière de partir sans couper : entretenir ce que l’on quitte tout en préparant ce qui vient.

En bas, Le Monde montre une figure dans une couronne de feuillage, entourée de l’ange, de l’aigle, du lion et du taureau : l’accomplissement, l’ouverture. À cette place, il ne décrit pas une issue acquise : il invite à examiner, à partir des trois cartes précédentes, ce que demanderait de mener ce projet à son terme. Son ombre, un achèvement qui tarde, rejoint l’obstacle du Chariot et pose une question : qu’est-ce que la hâte fait négliger ?

La synthèse : La Roue de Fortune

Le total vaut 46 ; il dépasse 22, on additionne donc ses chiffres : 4 + 6 = 10, La Roue de Fortune. Sur cette lame, personne ne tourne la manivelle de la roue ; une créature y monte, une autre en descend. La tradition y lit le changement et les cycles, ce qui bouge sans que l’on décide. En synthèse, elle relie les quatre cartes autour d’un changement de cycle dont une partie dépend des circonstances (un logement qui se libère, un calendrier qui n’est pas le vôtre) et une autre de vous, ce que montrent Le Bateleur et L’Étoile. La page de La Roue de Fortune détaille ses autres lectures.

La croix entière

L’axe horizontal oppose deux cartes d’action, Le Bateleur qui commence et Le Chariot qui fonce : la ressource et l’obstacle sont la même force, mesurée ou poussée trop loin. L’axe vertical réunit deux figures dévêtues, l’une agenouillée au bord de l’eau, l’autre au centre de sa couronne, ce que l’on soigne en chemin et ce que l’on cherche à accomplir. Le tirage ne dit ni si l’installation aura lieu, ni quand. Il invite à examiner une piste : avancer au rythme du Bateleur plutôt qu’à celui du Chariot.

Erreurs fréquentes

  • Lire la position 4 comme une issue écrite. Elle propose une piste à examiner à partir des cartes précédentes, pas un événement, et la position 3 dit justement sur quoi agir.
  • Mal convertir les chiffres romains, écrits ici par addition : VIIII pour 9, XIIII pour 14, XVIIII pour 19. Une erreur d’une unité sur une seule lame change la synthèse.
  • Faire le calcul avec des arcanes mineurs. Il repose sur les numéros des 22 majeurs, et une figure (Valet, Cavalier, Reine, Roi) n’a aucun numéro à additionner. Tirez la croix dans les majeurs seuls.
  • Changer la valeur du Mat en cours de route, parce que l’autre total donnerait une carte plus agréable.
  • Lire les cinq cartes une par une sans regarder la croix. Une lame prend son sens dans sa position et à côté de ses voisines.
  • Poser une question fermée. La croix ne répond pas par oui ou par non ; pour cela, le tirage oui ou non et ses repères pour les 22 arcanes est plus adapté.
  • Retirer une carte qui déplaît, surtout en position 2 ou 4. Un obstacle bien visible est souvent la partie la plus utile du tirage.

Croix ou croix celtique : deux tirages différents

Une recherche sur le tirage en croix fait souvent remonter la croix celtique, et l’on confond facilement les deux. La croix celtique est un tirage de dix cartes, décrit par A. E. Waite en 1910 dans The Pictorial Key to the Tarot, le guide du jeu Rider-Waite-Smith. Elle commence par une carte choisie pour représenter la personne qui consulte, dispose six cartes en croix sur elle et autour d’elle, puis quatre en colonne sur le côté. On l’emploie le plus souvent avec les 78 cartes, et elle ne calcule aucune synthèse.

Tirage en croix et croix celtique
CritèreTirage en croixCroix celtique
CartesQuatre tirées, une calculéeDix tirées, plus une carte choisie au départ
JeuLes 22 arcanes majeursLe plus souvent les 78 cartes
DispositionUne croix autour d’un centreUne croix de six cartes et une colonne de quatre
SynthèseCalculée à partir des numérosAucune

Les positions de l’une ne se transposent pas dans l’autre : la croix celtique consacre des places au passé, à l’entourage, aux espoirs et aux craintes, que la croix à cinq cartes ne connaît pas. Pour une question qui demande encore moins de cartes, le tirage en trois cartes reste le plus direct ; les autres méthodes sont réunies dans la rubrique des tirages du Tarot de Marseille.

Sources